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Fanfictions
 
 
  Renouveau chapitre trois : Joyeuses Pâques
Écrite par scaevola le 11/02/2010 à 20h42
Note : 19,3/20 Catégorie : Futur de la série
Lue 6725 fois Chapitre trois. A ceux qui me lisent, merci beaucoup ! Et vivement une vraie saison 5 !
 
 

 
 

Chapitre 3 : Joyeuses Pâques

 

 

 

Lyoko, 5ème territoire, Garage Skid.

 

     Tandis que Jérémie pianotait sur son poste dans le monde réel, Aelita se livrait à de mystérieuses manipulations sur une interface, nouvellement créée sur l'ancien emplacement des plots d'embarquement. Tout autour, le reste de la bande montrait divers degrés d'ennui.

 

     Soudain, les piliers d'ancrages du vaisseau détruit se mirent en mouvement et s'approchèrent du centre de la salle.

 

     Dès qu'ils s'immobilisèrent, Jérémie entra les dernières données et une sphère blanche d'un mètre de diamètre fut virtualisée au centre. Aussitôt, Aelita activa les programmes qu'elle avait préparé et de puissants boucliers apparurent, générés par les piliers.

 

     « Terminé ! » annonça fièrement Aelita. Ses amis, dont l'attention avait été éveillée par les phénomènes, se rapprochèrent aussitôt et observèrent l'objet sous toutes ses coutures.

 

     « Super, s'écria Odd. Et c'est quoi cet œuf ? Tu t'lances dans l'élevage de poulets virtuels ?

 

     - C'est pas un œuf, Odd, répondit Jérémie dont la voix exaspérée soulignait la patience dont il devait quotidiennement faire preuve. C'est une matrice inertielle à ADN virtuel et données mutatives.

 

     - Ohhh, et c'est quoi, ça ?

 

     - Ben... C'est un œuf de Hopper, lança Aelita. On va y concentrer une bonne partie de la puissance de calcul supplémentaire obtenue grâce aux retours dans le passé. A cause des blocages et des procédures mises en place quand le supercalculateur a été créé, on n'arrivait pas à attribuer suffisamment de puissance à un programme simple.

 

     - Cette matrice fonctionne comme un corps virtuel pour Franz, enchaîna Jérémie. On l'a créée à partir des données qu'on avait de celui qu'il a sacrifié l'année dernière. Grâce à sa structure simple, une part bien plus importante de la mémoire qui lui est attribuée peut être utilisée pour les fonctions cognitives. »

 

     A ce moment, Ulrich se lança. Pendant que les deux génies parlaient, il avait observé leur dernière création et ne pouvait s'empêcher de faire partager ses considérations pratiques.

 

     « Mais il est pas un peu exposé, là ? S'il était resté sous forme de données, il aurait au moins été en sécurité. Là, il fait une cible parfaite !

 

     - Oui, mais c'était indispensable. L'intelligence de XANA est la somme de celles de ses multiples sous-programmes, les agents. Et ils sont indépendants, même s'ils obéissent à un plan d'ensemble. Donc, même en tenant compte des restrictions du supercalculateur et celles, pratiques, du réseau, il peut augmenter son intelligence en reproduisant ses agents.

 

     - Le cerveau humain est complètement différent, soupira Aelita. Impossible de séparer ses fonctions  aussi radicalement. Sous forme de programme, mon père fonctionnait donc au ralenti.

     En revanche, les procédures de création d'un corps virtuel du supercalculateur ont été établies dans le but même d'accueillir une conscience humaine. C'est pourquoi une grande quantité de ses ressources leur sont réservées.

 

     - Et ce n'était vraiment pas possible d'attendre un peu ?

 

     - Désolé, Ulrich, mais non. » Jérémie semblait vexé que son travail ne soit pas apprécié à sa juste valeur. « On ne télécharge pas une conscience humaine comme ça. Hopper a passé trop de temps sous forme de données, elles ont été en partie corrompues. D'ailleurs, des fragments de son ADN virtuel ont été définitivement perdus lors de la destruction de Lyoko. Si ça se trouve, il ne pourra plus retrouver un corps réel...

     Et après cinq mois à buguer sur internet, il a besoin d'une sérieuse psychothérapie !

 

     - Pas de panique, Ulrich. On a pris toutes les précautions, lui expliqua Aelita. Grâce aux piliers d'ancrage, on a pu l'entourer de boucliers encore plus puissants que ceux du Skidbladnir ou du Cœur de Lyoko. Il pourrait même résister un bon moment à des tirs de Megatank !

     Et il a tellement de pare-feux que XANA ne pourra pas l'attaquer directement. Il n'y a que deux accès directs à ses programmes, le pupitre de Jérémie et la nouvelle interface. Et aucun moyen de le détruire ou de copier ses données sans que nous soyons prévenus !

 

     - On a protégé ces procédures avec un codage géométrique à plusieurs dimensions, se réjouit Jérémie ! Avant que tu ne poses la question, Odd, c'est comme si XANA devait choisir la planète du système solaire sur laquelle chercher avant d'entrer ses codes. Sans accès direct par le réseau, il ne pourra jamais trouver ! Franz est peinard !

 

     - OK. Bon, si on rentrait, alors ? Y'a cours de sport, demain.

 

     - C'est dur la vie, lança William d'un ton réjoui. Nous, on va pouvoir jouer au savant fou, on a TP de chimie !

 

     - Et devoir de maths l'après-midi » lui rappela Yumi, ce qui assombrit considérablement son humeur.

 

 

 

     Les lyoko-guerriers traversèrent le fleuve en silence, frissonnant un peu. L'automne s'annonçait rigoureux. Une fois parvenus à la trappe, Yumi prit la parole.

 

     « Bon, faut que je rentre, sinon mes parents vont geler... J'ai laissé la fenêtre ouverte pour pouvoir rentrer...

 

     - Salut !

 

     - A demain ! »

 

     Les internes descendirent l'échelle et empoignèrent skateboards et patinettes. C'est à ce moment-là qu'Ulrich se rendit compte que William ne les avait pas suivi.

 

     Plissant les yeux, il tendit la main vers les échelons, puis sembla se raviser, et sauta sur sa planche qu'il fit accélérer à coups de pieds rageurs.

 

     Ses trois amis se regardèrent avant de le suivre sans oser dire un mot. Le retour s'annonçait morose...

 

 

 

     En face de chez elle, Yumi se sentit soulagée. La journée avait été longue, elle avait bien besoin de sommeil. Mais il y avait encore un problème.

 

     Elle se retourna lentement.

 

     « Qui c'est ? T'as pas été très discret, depuis le pont... »

 

     William s'avança sous un réverbère. Yumi arqua un sourcil.

 

     « C'est toi... Qu'est-ce que tu voulais ?

 

     - Juste te parler, soupira William. En cours, tu préfères écouter le prof, et le reste du temps, on n'est pas vraiment seuls...

 

     - Ouais. Et qu'est-ce que tu voulais me dire qui ne regardait pas les autres ? »

 

     La jeune japonaise se doutait de la réponse. Elle croisa les bras pour se donner une contenance et attendit qu'il réponde.

 

     « Est-ce que tu veux bien sortir avec moi ? »

 

     Elle secoua la tête.

 

     « Désolé, mais ce n'est pas possible. Je ne crois pas qu'on aille si bien que ça ensemble, tu sais... Tu t'es un peu calmé, depuis, mais t'es toujours le même dingue qui a collé deux cents affiches sur le mur de ton bahut pour dire à une fille que tu l'aimais. Comment elle a réagi, tu ne me l'as jamais dit ?

 

     - Elle m'a filé une claque parce que tout le monde s'est foutu d'elle. Et puis elle m'a embrassé en pleurant parce que j'étais renvoyé.

 

     - J'aurais fait pareil. Pas parce que je serais tombée amoureuse de toi, mais parce que t'es un type bien. Mais moi, je te connais. Et j'ai déjà pas envie que tu partes, alors pas la peine de faire du chambardement, d'accord ?

 

     - C'est Ulrich, que t'aimes, non ? »

 

     La jeune fille hésita. Le mensonge n'était vraiment pas son fort, et elle ne se sentait pas le courage de s'y lancer.

 

     « Honnêtement, j'en sais rien. Mais je sais une chose, c'est que t'es un ami pour moi, un vrai. Comme Odd, comme Aelita, comme Jérémie. Je tiens à toi, alors ne m'en veux pas, s'il te plait.

 

     - Il y a déjà un bout de temps, essaya de plaisanter son interlocuteur, tu m'as promis un baiser, ici même. Tu te rappelles ? Maintenant qu'on se connaît un peu mieux, tu pourrais tenir ta promesse ? Amicalement... »

 

     Il ferma les yeux, et ne les rouvrit qu'après être sûr que Yumi avait escaladé le mur dans le dos de la maison et disparu dans sa chambre.

 

     Il se dirigea vers le collège-lycée, malheureux comme les pierres.

 

 

 

     « La course à pied, bande de nouilles trop cuites, est une des disciplines les plus nobles qui existent ! Et en tout cas l'une des plus utiles, surtout dans la nature sauvage ! Je préfère ne pas vous parler de ce qui aurait pu m'arriver dans la savane tanzanienne si je n'avais pas sprinté assez vite quand... »

 

     Odd bailla longuement. GI Jim était bien parti, il serait impossible de l'arrêter avant un bon quart d'heure. Il promena son regard sur son entourage. Personne n'avait l'air beaucoup plus intéressé que lui...

 

     Ulrich, lui, paraissait encore plus renfrogné que d'habitude. Même avoir remarqué que Yumi et William s'évitaient soigneusement ce matin-là n'avait pas amélioré son humeur...

 

     « ...et c'est pourquoi vous allez me montrer ce que vous savez faire ! Je vais à l'autre bout du terrain. Dès que je siffle, vous me faites un bon 100 mètres, par quatre et en ordre alphabétique ! Et je vous préviens, les moules qui me feront ça en plus de 20 secondes, c'est pas au foot que je vais les entraîner, mais au hula-hoop ! »

 

     En soupirant, Jérémie se mit en position avec Sorya, Odd et Pierre. Quarante bonnes secondes après que Jim eut sifflé, le génie put entendre par-dessus ses ahanements :

 

     « ...et encore bravo, Odd ! Quant à toi Pierre, je vais m'occuper de faire pousser quelques muscles dans ton sac d'os ! Et... Ah, te voilà, Jérémie ! Tu peux aller ramper par là et laisser la place aux autres... Je vais faire de toi un champion du yo-yo ! »

 

     Pendant que le coup de sifflet faisait s'élancer une nouvelle fournée de victimes, le blondinet s'effondra à coté de ses amis.

 

     Au moment où il commençait à se consoler en observant Hervé, son téléphone émit le bip discret qui annonçait la réception d'un message. Simultanément, à l'autre bout du terrain, celui d'Aelita fit de même...

 

     Après avoir vérifié que Jim n'avait rien remarqué, le génie ouvrit le SMS. « HELPFH. »

 

     Alors que Odd pianotait à son tour sur le clavier de son portable, Jérémie se tourna vers Pierre, qui n'avait rien compris à la réaction de ses amis à ce message sibyllin.

 

     « Pierre, j'ai pas le temps de te dire quoi exactement, mais on a un gros problème. Tu peux me faire confiance et nous aider, s'il te plait ?

 

     - Allons allons, ça sert à quoi, les potes, à ton avis ? »

 

     Tandis qu'Ulrich partait à son tour après avoir parlé une seconde avec Aelita, Pierre s'approcha discrètement de Jim. Le pesilat les dépassa après avoir allègrement pulvérisé le précédent record du lycée.

 

     « Yahoo ! Ulrich, je te veux dans l'équipe cette année ! T'occupe pas des matières secondaires, on s'arrangera ! On va se faire la coupe interlycée, la... Qu'est-ce que tu veux, p'tit gars ?

 

     - Eh bien, répondit Pierre qui avait eu le temps de réfléchir avant de taper sur l'épaule du professeur, en fait, je me demandais quel sport vous me conseilleriez ? Je veux dire, en dehors des cours, en civil, comme un hobby, quoi...Le foot, c'est pas mon truc, mais le ping-pong, c'est un peu nul, non ?

 

     - Alors là, laisse-moi te détromper ! Moi qu'on appelait la raquette tueuse...»

 

     Apparemment, se dit Pierre, les rumeurs sur Jim étaient plus que vraies. Et il devrait penser à remercier Odd pour ses infos sur Jim, ça pourrait encore lui être utile...

 

     « ... et tout ça pour te dire que le ping-pong, c'est tip-top ! Ca fait travailler les jambes, la tête, le dos, la... Enfin, bref ! J'ai un cours à donner, moi ! Et puisqu'on parlait de jambes et de tête, on va voir ce que la miss Einstein a dans le ventre ! »

 

     Il se retourna, s'apprêta à siffler... et s'arrêta net quand il vit que trois élèves seulement s'ennuyaient sur la ligne de départ. Il fit de nouveau volte-face. Odd et Jérémie avaient eux aussi décampé. Il plissa les yeux.

 

     « Où est Ulrich ?

 

     - Ben... Je crois qu'il a oublié de s'arrêter, m'sieur, ricana Pierre.

 

     - AH LES PETITS CHAMEAUX !! »

 

 

 

     Dans les vestiaires, les Lyoko-guerriers récupérèrent leurs affaires. Jérémie sortit son ordinateur et se mit à pianoter frénétiquement.

 

     « Jérémie, gémit Aelita, qu'est-ce qui se passe ? On avait pris toutes les précautions, non ? Pourquoi Franz aurait-il besoin de notre aide ?

 

     - Pas à cause d'une attaque directe, en tout cas, murmura son ami. Le programme de gestion des boucliers m'aurait prévenu directement. Ce doit être une attaque informatique qu'on avait pas prévu.

 

     - Odd, dit Ulrich en desserrant les dents pour la première fois de la journée, t'as prévenu les autres, non ?

 

     - Ouais, enfin, j'espère qu'ils pourront échapper à mme Meyer. »

 

     A ce moment, les deux remarquèrent que leurs amis, penchés sur l'écran, s'étaient complètement figés. Jérémie s'était arrêté, les mains au-dessus des touches, regardant fixement une fenêtre de l'écran où des lignes de code défilaient à grande vitesse.

 

     « Eh, Einstein, j'ai lu que si tu te mettais à buguer, c'est que tu passais trop de temps devant les ordinateurs !

 

     - T'as plus lu quoi que ce soit depuis le primaire, Odd ! lui rappela Jérémie avec un bref sourire. Bon, pas de temps à perdre, on file à l'usine. »

 

     A ce moment-là, une nouvelle fenêtre s'ouvrit et l'ordinateur fit entendre une alarme menaçante.

 

     « Zut, XANA a compris que j'avais remarqué son manège... Il vient d'activer une tour. Vaut mieux s'attendre à tout, il va nous préparer des surprises pour nous retarder.

 

     - Mais qu'est-ce qui se passe, en fait ? Qu'est-ce qu'il a fait à Franz ?

 

     - Ben, c'est compliqué et j'ai pas tout compris, laisse-moi le temps de cogiter là-dessus. Et en attendant, en route ! Jim va peut-être se pointer ici et il faut que je vous virtualise dare-dare ! »

 

     Déboussolés, les deux sportifs se tournèrent vers Aelita.

 

     « Là, désolé, mais je ne peux pas vous en dire plus, murmura leur amie. Ne me demandez pas pourquoi, mais il semblerait que mon père soit en train de chatter avec... la Méduse ! »

 

 

 

     Dans le bâtiment des sciences, Yumi et William étaient en train de faire l'admiration de mme Hertz. Jamais elle n'avait vu d'élèves aussi studieux et concentrés, ils n'avaient pas essayé une seule fois de bavarder depuis qu'ils étaient entrés en classe. Mais elle trouvait William un peu palot. Observant ses traits tirés, elle se dit qu'elle ferait son possible pour que les autres professeurs donnent moins de devoirs, pour que les élèves puissent avoir une nuit de sommeil convenable, de temps en temps...

 

     La jeune japonaise, elle, savait qu'elle était la cause de la nuit blanche de son ami. Elle était désolée d'avoir dû lui faire abandonner tout espoir, et n'arrivait pas à trouver un moyen de lui remonter le moral...

 

     Elle fut, en un sens, soulagée que deux bips discrets viennent briser le pesant silence qui régnait sur leur table. Un message de Odd pour chacun, simultanément. Il n'était même pas besoin de l'ouvrir pour en deviner la teneur...

 

     Après avoir réfléchi une seconde, Yumi doubla dans leur fiole la quantité de la substance qu'ils étudiaient ce jour-là et boucha le récipient. Comprenant qu'elle comptait faire précisément ce que le professeur leur avait déconseillé, William augmenta la température du brûleur...

 

     Dix secondes plus tard, une petite explosion pulvérisait le flacon et faisait se tourner toutes les têtes vers eux. Mme Meyer se précipita vers leur table en lançant des appels au calme, et faillit tourner de l'œil en voyant que Yumi gémissait en serrant autour de ses doigts un mouchoir rouge... de sang ?!

 

     « Je... vite, je l'emmène à l'infirmerie ! cria presque William.

 

     - Oui, oui, dépêchez-vous, les pressa l'enseignante. »

 

     Quand ils furent sortis, elle se tourna vers le reste de ses élèves et leur conseilla de faire très attention à surveiller la pression du dihydrogène dans leurs préparations.

 

     A l'extérieur, Yumi mettait dans sa poche son mouchoir taché de rouge.

 

     « Pas mal, ta performance, à peine une touche de mélo...

 

     - Moi, c'est le coup de l'encre rouge, que j'ai aimé... Mais c'était pas un peu dangereux ?

 

     - Oh, s'il te plait ! Le plus dangereux, dans cette histoire, c'est sa réaction si elle pense à aller me voir à l'infirmerie... Tirons-nous vite, il faut rejoindre les autres. »

 

 

 

     Après être passés par la chaufferie et avoir parcouru les égouts, les deux premières furent rattrapés par leurs amis alors qu'ils montaient l'échelle vers le pont.

 

     « Tiens, vous n'êtes pas au labo ?

 

     - Non. Bravo, vous avez fait vite. On a perdu du temps parce que je voulais vérifier deux-trois trucs...

 

     - Et alors, qu'est-ce qui se passe ?

 

     - C'est ce qu'on aimerait bien savoir, soupira Ulrich. Parait que c'est encore la Méduse...

 

     - La Méduse, blêmit William qui s'apprêtait à ouvrir la trappe.

 

     - Oui, XANA l'utilise pour s'attaquer à Franz. Tu vois, commença-t-il...

 

     - Tarentule !! s'écria William. »

 

     Il descendit les échelons à toute vitesse, forçant Yumi à sauter au sol.

 

     « Qu'est-ce que tu racontes ?

 

     - Ben... Y'a un de ces monstres qu'on a vu la dernière fois, là... Celui avec la tête blanche, la Tarentule... Il bloque l'entrée de l'usine ! Quand je suis sorti, il s'est mis à me viser !

 

     - Ce doit être l'attaque de XANA, il veut nous faire perdre du temps, remarqua Aelita.

 

     - Il a déjà fait ça ? Je veux dire, rendre un de ses monstres réels ?

 

     - Oui, il peut les matérialiser, ou les translater, on t'expliquera.

 

     - Il les a translatés, affirma Jérémie. Ni les scanners, si l'ascenseur n'ont été touchés, cette fois-ci.

 

     - En tout cas on n'a pas le choix, soupira Yumi. Il faut ressortir par le lycée ou l'Ermitage et prendre un bateau. Il y en a toujours un ou deux, plus haut.

 

     - Non ! On n'a pas l'temps » affirma Jérémie.

 

     Tous se tournèrent vers le génie qui s'était accroupi et faisait défiler les fenêtres sur son écran.

 

     « Il faut passer en force. Pas le temps de la jouer en finesse.

 

     - Jérémie, cria Yumi, tu es fou ?! C'est une Tarentule, pas un Kankrelat ! On va se faire griller dès qu'on sortira !

 

     - D'accord, alors je vous explique vite fait. » Son ami se leva. « La Méduse est contrôlée par Mr.X, et elle est en train d'utiliser la fonction de dialogue bilatéral de la nouvelle interface. On l'avait créée pour pouvoir discuter avec Franz quand il aurait repris des forces, et pour pouvoir stimuler sa mémoire. On aurait jamais pensé à la protéger.

 

     - Et ils en ont profité, grimaça Aelita.

 

     - Oui. La Méduse est en train de faire traiter à la matrice des lignes de code anarchiques, avec juste ce qu'il faut de phrases qui ont un sens, de temps en temps, pour que le programme de traitement des données parasites ne soit pas activé.

     La mémoire de Franz est complètement saturée, ce qui reste de son ADN virtuel et sa personnalité vont bientôt être corrompus ! »

 

     Il eut envie de hurler de frustration en voyant que ses amis n'avaient apparemment toujours aucune idée de la gravité de la situation. Heureusement, Aelita vint à son secours.

 

     « Imaginez que vous soyez attachés à une chaise, devant un haut-parleur qui vous hurle du charabia, que vous êtes forcés d'écouter si longtemps que vous n'avez plus que ça en tête. Vous deviendriez fous ! Et c'est ce qui va arriver à mon père si on ne se dépêche pas.

 

     - D'accord, là j'ai compris, cracha Ulrich. Je m'occupe de la bestiole. Vous, dès que vous avez une occasion, vous filez au labo.

 

     - D'accord, acquiesça Jérémie. Et c'est promis, on ira désactiver la tour dès que...

 

     - Pas question ! Ulrich fit un pas vers son ami, l'air menaçant. Vous vous occupez de Franz en tout premier, et pas de discussion. Je me débrouillerai, alors que vous savez pas quand il va craquer, je me trompe ?

 

     - Non, mais...

 

     - Alors c'est réglé. Odd, je peux t'emprunter ton skate ?

 

     - Pas de problème, mon pote. Et je suis avec toi en pensée, hein...

 

     - Pas question, s'écria Yumi, c'est beaucoup trop dangereux !

 

     - Elle a raison, intervint Aelita. Il y a sûrement une autre...

 

     - Je vais l'aider.

 

     - William ? Pas question, dit Ulrich avec un regard mauvais. Je m'occuperai de cette saleté moi-même.

 

     - Et tu comptes faire quoi ? M'assommer ? »

 

     Ulrich jaugea son rival du regard, et finit par décider que ça n'en valait pas la peine.

 

     « OK, vu qu'on n'a pas trop le temps...Mais tu vas sur Lyoko aider les autres dès que tu peux, c'est compris ? Je veux pas t'avoir dans mes pattes.

     Jérémie ?

 

     - Oui ?

 

     - Ta trottinette, tu y tiens beaucoup ?

 

     - Ben, moins qu'à ta peau, alors si elle peut t'être utile... »

 

 

 

     La Tarentule translatée attendait patiemment. Le sous-programme qui la gérait ne comprenait pas très bien tous les détails de la stratégie en cours, mais il ne s'en souciait pas vraiment... Stratégie, planification, décision... Tout ça, c'étaient les attributions des programmes de cognition et de gestion, le cerveau et le cœur multiple de l'entité qu'était XANA.

 

     Non, sa mission était bien simple. Dans l'ordre des priorités, empêcher les gêneurs dont il avait des images d'entrer dans l'usine et d'accéder au complexe, les tuer si possible, et ne pas se faire détruire avant que sa mission ne soit accomplie. Il était créé pour cela, et il savait qu'il serait effacé quand il réussirait sa mission ou tomberait au combat.

 

     Ce n'était pas non plus un problème : son expérience, sa mémoire, serait récupérée, analysée et conservée par les programmes de cognition, afin d'améliorer ses versions futures et l'habileté stratégique de XANA dans son ensemble. Ainsi, il continuerait à exister, d'une certaine manière, au travers de la collectivité. L'instinct de survie des sous-programmes était dirigé vers la survie de XANA.

 

     D'ailleurs, le sous-programme sentait qu'il était temps d'accomplir sa mission, pour le bien de la collectivité. Une de ses cibles était apparue à ce qui était leur point de sortie le plus probable. Elle avait disparu avant que le monstre n'ait eu le temps de tirer, mais ce n'était pas bien grave, il s'agissait avant tout de gagner du temps.

 

     Il demanda à la collectivité une évaluation de sa situation.

 

     Les expériences passées et les connaissances en psychologie de XANA montraient qu'il y avait maintenant 58% de chances que les ennemis tentent quand même de passer par là. Il indiqua même à son sous-programme que les données stratégiques de l'opération en cours faisaient monter ce chiffre à 84%. Donc, le monstre n'avait qu'à viser la trappe, en envisageant quand même un éventuel mouvement imprévu des cibles. Les humains étaient terriblement imprévisibles...

 

 

 

     Ulrich jaillit de la trappe en hurlant. L'efficacité de ce cri de guerre sur le moral du monstre était discutable. Le pesilat comptait plutôt sur les deux skateboards qu'il tenait, un dans chaque main. Bloquant habilement les tirs avec ces boucliers improvisés, il parvint à se mettre à couvert derrière la première pile du pont.

 

     William, profitant de la soudaine et bruyante diversion d'Ulrich, se jeta à son tour à l'extérieur, et eut à peine le temps de se mettre en sécurité, en vis-à-vis de son rival avant de se faire canarder à son tour.

 

     Ulrich n'attendait bien sûr que ça pour courir un peu plus loin, se dissimulant à son ennemi grâce au fouillis des câbles. Le monstre, confondu par ces tactiques de commando, ne savait plus où donner de la tête ! Ulrich pouvait néanmoins être sur lui en deux étapes seulement, aussi la Tarentule se concentra-t-elle sur lui.

 

     William aurait pu suivre le plan et continuer le petit jeu qui était bien parti, mais il préféra une solution plus radicale et passa de l'autre coté de la balustrade, s'y accrochant pour se glisser, le long du pont, vers l'entrée de l'usine.

 

     « Je commence à regretter Odd » maugréa Ulrich.

 

     La Tarentule mit un moment avant de se rendre compte que la paire de bras qui avançait lentement mais sûrement le long de la balustrade appartenait à un adversaire qu'il convenait d'aller faire prendre un bain. Mais, dès qu'elle tira dessus, Ulrich se précipita sous le couvert du second pilier. Le monstre fit de nouveau volte-face.

 

     L'un de ses ennemis était désarmé et avait de bonnes chances de glisser et de tomber. L'autre était armé primitivement, et à un bond de l'entrée qu'il défendait. Le choix de la cible était une simple affaire de logique.

 

     Mais la bête virtuelle tournait désormais le dos à William. Aussi, lorsque, défiant toutes les probabilités, William émergea derrière elle, elle ne put rien faire pour l'empêcher de se jeter sur lui.

 

 

 

     « Ils y sont ! » Yumi avait jeté un coup d'œil dehors quand elle avait entendu la Tarentule pousser son cri rauque.

 

     « Aelita, Jérémie, Odd ! Debout là-dedans, ils y sont ! Faut qu'on y aille !

 

     - C'est pas vrai ! s'écria Jérémie.

 

     - Quoi, toujours sceptique ? Ils l'ont eue, allez, monte !

 

     - Non, non, en fait ce que je veux dire, c'est que tu as raison, il faut qu'on se dépêche, XANA a agrandi la synchronicité mémorielle du portail analogique !

 

     - Il a augmenté la puissance de la tour ?! s'écria Aelita. Ca signifie qu'il envoie du renfort ! Il faut qu'on arrive au labo, et vite ! »

 

 

 

     Quand Yumi émergea sur le pont, William était encore accroché au « cou » de la Tarentule, et faisait tout ce qu'il pouvait pour éviter de lâcher prise, pour que le monstre fou ne puisse pas l'assommer avec ses bras remuant en tous sens.

 

     Ulrich, qui avait lâché ses boucliers improvisés, jeta alors au monstre un coup de pied qui lui faucha sa jambe d'appui. Déséquilibré, le monstre s'écrasa par terre. Le pesilat brandit à deux mains le manche démonté de la trottinette de Jérémie, qu'il avait passé à sa ceinture, et en transperça le front de la bête !

 

     Le manche creux n'était pas exactement fait pour cela, mais les bords minces, à pleine vitesse, traversèrent facilement le point faible. Aussitôt, le monstre explosa en fumée.

 

     « Ouf ! Pas mal, et merci, Ulrich...

 

     - Question d'expérience... Je commence à les connaître. »

 

     Ulrich et William virent alors leurs amis passer à toute vitesse.

 

     « Vite, leur cria Yumi, XANA en envoie d'autres !

 

     - Quoi ! »

 

     En effet, alors les héros arrivèrent sur la passerelle surplombant la salle cathédrale, ils virent que trois spectres prenaient rapidement forme.

 

     « Odd, William, qui m'aime me suive ! »

 

     Ulrich glissa le long d'un câble pour se retrouver face à une Tarentule nouvellement formée. Même si l'un n'en pensait pas moins, ses deux compagnons atterrirent juste après lui. Le pesilat serrait toujours sa barre d'aluminium, et William et Odd avaient chacun ramassé un skate.

 

     Heureusement, la Translation n'était pas une science exacte et les monstres de XANA, maintenant totalement opérationnels et menaçants, avaient été virtualisés loin du monte-charge et en désordre. Tandis que leurs amis se précipitaient dans le monte-charge, les trois Lyoko-guerriers se ruèrent sur leurs adversaires désorganisés.

 

     Une seule Tarentule, la plus proche, se mit à libérer un tir de barrage sur les héros, qui purent y échapper en se dispersant, en zigzagant et en sautant partout. Mais, contrairement à ce à quoi ils s'attendaient, les deux autres monstres ne se mirent pas à coté de leur acolyte pour les canarder. Courant aussi vite que possible, l'une d'elles tenta de les contourner, tandis que l'autre s'éloigna d'eux.

 

     « Odd, le corridor ! » cria Ulrich.

 

     Comprenant aussitôt la manœuvre, le blondinet fonça vers la Tarentule de gauche qui fut forcée de réagir à un danger venu de l'arrière. L'une de ses camarades avait contourné les héros et ne se retournerait pas, l'autre avait déjà fort à faire pour garder à distance Ulrich et William. Le monstre tenta de se retourner trop tard et Odd le dépassa.

 

     Ce dernier continua à courir vers l'ouverture conduisant aux profondeurs de l'usine. Le plan initial était apparemment toujours d'actualité ; mais son ami ferait mieux de ne plus le charrier sur ses « tendances suicidaires » pendant quelques temps... Il se protégea tant bien que mal la nuque et l'arrière de la tête avec sa planche. Cette précaution faillit s'avérer nécessaire.

 

     Le monstre avait dû faire une nouvelle fois volte-face ; tous ses mouvements étaient ralentis et saccadés à cause des conditions terrestres, pour lesquelles il n'était pas conçu. Dès qu'il fut en position, il mitrailla Odd qui, utilisant les mêmes stratégies d'évitement et s'abritant derrière les piliers, réussit à atteindre les escaliers. Les sautant d'un bond, il s'enfonça au sous-sol, après avoir entendu Ulrich lui crier «  Et dis-leur de s'occuper de nous APRÈS FRANZ, c'est compris !!! »

 

     Mais la situation de William et du pesilat était devenue critique.

 

     Une Tarentule était maintenant postée devant le monte-charge, l'autre leur bloquait l'accès au corridor. Le troisième monstre, enfin, avait réussi à les repousser dos au mur, littéralement et métaphoriquement. Ils étaient piégés dans la partie supérieure de l'usine, sans aucun moyen de rejoindre leurs amis. S'ils essayaient de sortir de l'usine, au moins un monstre les suivrait, et risquerait de causer des dégâts en ville...

 

     Le visage fermé, sans un mot, ils se préparèrent à se battre pour sauver leur peau. Ulrich, presque habitué à de telles situations, constata que son rival ne montrait aucun signe de faiblesse non plus. Il se prit à penser qu'il pourrait peut-être se réconcilier avec lui, s'ils s'en sortaient...

 

 

 

     Odd arriva dans la salle des scanners juste quand Jérémie allait virtualiser ses amies. Se glissant, à bout de souffle, dans le dernier scanner, il réussit à dire :

 

     « Jérémie... Ouf... Vite ! Virtualise-moi !

 

     - Odd !?! Qu'est-ce que tu fais là ?!

 

     - Les deux autres voulaient jouer aux héros... Sauf que les Tarentules les ont complètement piégés, y'a plus d'issue ! Dépêche-toi !

 

     - Mais ils avaient dit de s'occuper de Franz d'abord, gémit Jérémie, torturé.

 

     - Ouais, eh bien, c'est ce qu'on va faire ! Ordre de Mr. Grognon lui-même, tu le connais... »

 

     Le génie, pris dans ce dilemme, choisit la solution la plus regrettable, mais la plus logique...

 

 

 

     « Ca a pris du temps, cette fois-ci, Jérémie, que... » Ce fut seulement à ce moment que Yumi, puis Aelita, remarquèrent qu'Odd avait été virtualisé avec elles dans le 5ème territoire.

 

     « Ca veut dire quoi, ça ! Et les Tarentules ?

 

     - Ulrich a dit qu'il s'en occupait.

 

     - Quoi ! hurla la japonaise en prenant son ami par le devant de sa combinaison. Jérémie, dévirtualise-moi !

 

     - Pas question !

 

     - Tu veux rire ?!? Ils sont à deux contre trois !!

 

     - On n'a pas le temps ! Il faut...

 

     - Reviens sur Lyoko, Yumi ! lui cria Odd. C'est trop tard pour ça, maintenant, on ne pourra les aider qu'en désactivant la tour ! De toute façon, sur Terre, Ulrich est le plus fort d'entre nous. Même à six, on ne pourrait rien faire contre trois Tarentules, mais, avec juste William, il peut leur échapper !

     Mais il nous a dit de nous occuper d'abord de Franz, alors c'est ce qu'on va faire. Fais-lui confiance ! »

 

     La jeune fille finit par se rendre à la raison, et ils partirent à fond de train. De l'avis général, ils avaient déjà suffisamment perdu de temps comme ça. Odd se sentait très mal : il avait eu l'impression de mentir. Aller s'occuper de la Méduse en premier lui donnait plus l'impression d'aller accomplir la dernière volonté de son ami que de suivre un plan...

 

 

 

     Dans le monde réel, Ulrich avait été forcé de lâcher son arme improvisée : les tirs puissants des Tarentules l'avaient chauffée à blanc. Le skate de William brûlait au sol ; mais ils n'avaient pas encore été touchés. Cela était moins un miracle que la conséquence d'une erreur stratégique de XANA : les monstres qui gardaient les accès au laboratoire n'avaient pas bougé depuis le début du combat, alors même que Jérémie n'avait pas fait remonter le monte-charge.

 

     A leur place, Ulrich aurait tenté un assaut en vague, un monstre au centre de la salle immense et un dans chaque galerie latérale, pour acculer leurs adversaires au fond de la salle. A la place, ils n'avaient eu qu'à éviter les tirs en provenance de la cage d'ascenseur et ceux de la Tarentule qui les pourchassait - celle gardant le corridor était tout simplement trop loin.

 

     Ils décidèrent alors de changer d'air : courant chacun dans une galerie pour que leur assaillante disperse ses tirs, ils coururent vers le fond de la salle.

 

     La gardienne du corridor visa soigneusement Ulrich qui était dans sa ligne de mire, croyant à l'assaut désespéré qu'elle anticipait. Mais le pesilat plongea derrière une rangée de barils rouillés et les fit rouler dans la direction de la Tarentule. Celle-ci fut obligée de tirer en rafale sur le projectile pour l'arrêter avant qu'il ne la déséquilibre, ce qui aurait donné une opportunité aux Lyoko-guerriers.

 

     C'est alors que ces derniers passèrent en coup de vent, sous une rafale de tirs ! Les jeunes gens réussirent après une course effrénée à atteindre les salles des machines, semant leur poursuivante.

 

     Ce développement avait été imaginé comme possible par XANA. Bien que le programme eut préféré profiter de l'occasion pour éliminer un ou deux gêneurs, pour l'heure, le principal objectif était de leur faire perdre du temps pour détruire son créateur. Ce qui l'embêtait le plus était de devoir révéler une de ses armes secrètes aussi tôt, mais il faut ce qu'il faut...

 

     La Tarentule du monte-charge se dirigea vers l'escalier gardé par sa congénère, avec l'intention de le descendre pour se poster devant l'unique entrée restante menant au laboratoire, au bout du corridor : le monte-charge serait bientôt inutile. Ses acolytes ne seraient pas trop de deux pour pourchasser les humains, dans ce monde...

 

     Ulrich observa les deux monstres se diriger vers sa cachette, derrière une chaîne de montage. Tout ne se déroulait pas comme prévu - non, en fait, depuis un bon moment, la situation lui échappait complètement.

 

     Jusqu'à présent.

 

     Il était après tout sur Terre, dans son élément. Le champ de bataille serait les longs et étroits couloirs de l'usine. Alors que les Tarentules avaient été créées pour les grands espaces des quatre Territoires. Pour la première fois de la journée, les rôles étaient renversés : c'était maintenant à son tour d'être le chasseur, et aux monstres d'être les proies. La seule chose qu'il ne savait pas, c'est s'il aurait le temps de finir avant de rejoindre les autres... et Yumi...

 

     Pendant un instant, il se laissa aller à imaginer le meilleur moyen de faire de William l'infortunée victime d'un malheureux accident, avant de se reprendre. Il se tourna vers son rival, accroupi non loin.

 

     « Allons-y... On va essayer de les perdre dans les couloirs. Si on peut les séparer... Disons qu'il y a plein de trucs utiles dans cette usine.

     - Ok... Je te suis, c'est quoi la première étape ? »

 

 

 

     Pendant ce temps, leurs amis n'avaient pas vu l'ombre d'un monstre dans le 5ème territoire et étaient arrivés devant l'ascenseur en un temps record.

 

     « En revanche, leur indiqua Jérémie, il y a un sacré comité d'accueil en haut : une Arakgnite, et une dizaine de Rampants !

     Pas de renforts à attendre, pour personne : XANA a dépensé assez d'énergie pour aujourd'hui : la Méduse et ses programmes sensibles, la tour et une protection décente pour les deux...

 

     - Et... les autres ?

 

     - Pas de problème, Yumi, je les ai avec les caméras. Ils se débrouillent bien, mais sont assez occupés...

     Bon, c'est quoi, votre plan ? Je vous rappelle que si Aelita se fait dévirtualiser, vous ne pourrez pas désactiver la tour...

 

     - On leur tombe de dessus pas surprise, et vite.

 

     - Pour la surprise, faudra repasser. XANA n'est pas omniscient, mais il surveille l'ascenseur et il sait que vous êtes arrivés, je vous rappelle.

 

     - Dis donc, plaisanta Odd, c'est pas toi qui disait que les humains étaient les plus imprévisibles ? »

 

 

 

     Yumi était seule sur la plate-forme de l'ascenseur quand il s'immobilisa. Devant elle, dix Rampants étaient disposés en demi-cercle. Une Arakgnite les dominait, canons armés. Tous eurent un temps d'arrêt, vaguement surpris sans doute de ne voir qu'une seule cible. Derrière la marée d'ennemis, la Méduse qui promenait lentement trois tentacules sur l'interface jeta un bref coup d'œil à la nouvelle venue...

 

     Déclenchant les hostilités, la jeune japonaise lança ses éventails. Deux monstres sur sa gauche explosèrent, lui permettant de s'enfuir. Sautant au-dessus du vide, elle s'accrocha aux barres et passa sous le sol en quelques secondes, évitant le déluge de tirs. Heureusement, les réflexes acquis durant ses années d'entraînement à la gymnastique, puis aux arts martiaux, ne la laissèrent pas tomber.

 

     Les Rampants passèrent aussitôt sous le sol également : leur adversaire n'avait pas pu récupérer ses armes, tombées au sol, et était maintenant vulnérable. Mais pas Odd, qui, agrippé sous l'ascenseur par les griffes d'une main, fit de l'autre un carnage des limaces virtuelles.

 

     « Décidément, ils apprendront jamais ! Prends ça, et ça !

 

     - Derrière toi, lui indiqua Jérémie. »

 

     Des Rampants plus lents que leurs congénères détruits avaient rapidement compris la position du tireur et avaient sauté sur le mur, tentant de prendre Odd à revers. Se retournant un bref instant pour s'en rendre compte, le Lyoko-guerrier sauta sur le bon coté de l'ascenseur et mitrailla les créatures, clouées au mur. Il les détruisit en se faisant toucher une fois.

 

     Pendant ce temps, Yumi avait, après un superbe rétablissement, engagé un combat de rue avec le dernier Rampant resté sur la plate-forme, et réussi à le jeter dans le vide.

 

     L'Arakgnite n'avait pas participé au combat. Manifestement, elle avait plutôt comme mission de protéger la Méduse, quitte à être son bouclier. Mais maintenant que le terrain était dégagé et qu'elle ne risquait plus de toucher ses alliés accidentellement, elle décida d'intervenir... Visant Yumi qui était plus proche, le monstre libéra toute la puissance de ses quatre canons. La jeune japonaise n'eut que le temps de s'accroupir derrière Odd et son bouclier.

 

     La cuirasse d'énergie de l'homme-chat ne pourrait pas résister longtemps à un tel traitement. Yumi appliqua la seconde phase du plan « B comme Bonne chance », comme l'avait surnommé Odd. Protégée derrière son ami, elle fit appel à ses pouvoirs de Télékinésie. Ses éventails, prétendument abandonnés sur le sol, furent jetés contre l'Arakgnite qui, surprise, n'eut pas le temps de s'écarter avant de perdre un canon et deux pattes.

 

     Sifflant, la créature détourna son attention de Yumi et Odd, qui purent mettre entre eux et leur adversaire le plus puissant bouclier du cyberespace. Après avoir décrit un gracieux arc de cercle, les éventails retournèrent entre les mains de leur propriétaire.

 

     De part et d'autre de Franz, les deux camps se fusillèrent du regard.

 

     Soudain, la Méduse poussa un rauque hurlement d'agonie alors qu'un champ de force gros comme une pastèque l'atteignait. Aelita était passée par la voûte céleste et avait profité de l'inattention du garde du corps du monstre gelatineux pour l'atteindre avec sa plus puissante attaque !

 

     L'Arakgnite furieuse se tourna vers l'ouverture au plafond de la salle, alors que la jeune fille aux cheveux roses envoyait deux derniers champs de force à la créature qui l'avait si longtemps pourchassée. Bien que puissante, la Méduse n'était pas indestructible, et elle s'affaissa sur le sol avant de se dissoudre en poussières virtuelles...

 

     Aussitôt, les Lyoko-guerriers appliquèrent le plan « C comme Cassons-nous » - encore une idée d'Odd ! Tandis qu'Aelita évitait de justesse les tirs rageurs de l'Arakgnite, ses deux amis sautèrent sur l'ascenseur que Jérémie faisait déjà redescendre. Une autre bataille les attendait, ils ne devaient plus se faire toucher.

 

     Le puissant monstre sembla se dire qu'il n'arriverait pas à attraper la Lyoko-guerrière ailée, et se jeta à la poursuite des deux autres humains. Bondissant sur leurs traces, il rattrapa l'ascenseur alors que Jérémie le faisait tourner autour du Noyau pour le positionner au-dessus de l'ouverture vers la Voûte céleste.

 

     « Araignée au plafond ! » lança Odd.

 

     Lui et Yumi s'appliquèrent à parer les dangereux tirs, mais la créature dantesque bondissait entre les deux enveloppes, se rapprochant inexorablement sans interrompre son feu.

 

     Elle avait été créée pour être l'ultime chasseur de ce territoire, qui était son environnement naturel. Sa vitesse et son agilité, dans cet espace à la fois spacieux et confiné, lui permettait d'éviter avec aisance les rares flèches-laser qu'Odd trouvait le temps de lui lancer. Ses pattes au bout solide lui permettaient de parer les tirs les mieux appliqués.

 

     Ses membres, en comptant ceux dont Yumi s'était débarrassée, étaient disposés en trois rangées cruciformes : une de canons, deux de pattes ; ce qui faisait qu'il aurait été impossible de lui distinguer un haut et un bas sans sa cible de XANA. Elle ne paraissait d'ailleurs pas faire elle-même cette distinction et orientait son corps sans autre souci qu'une disposition optimale de ses pattes pour le saut suivant.

 

     Soudain, l'ascenseur s'arrêta, avant de se mettre à descendre.

 

     « Jérémie, cria Yumi, la sortie est juste en dessous ?

 

     - Oui, mais je sais pas si vous y arriverez !

 

     - Compte sur nous ! Accroche-toi, Odd ! »

 

     Constatant que l'Arakgnite et ses dangereuses pattes-faux étaient presque sur eux, elle ne s'étendit pas davantage sur ses intentions. Elle agrippa le bras de son ami, et se jeta dans le vide avec lui !

 

     « AAAAAAAAHHHHHHH !!!

 

     - Accroche-nous au bon moment ! »

 

     L'arakgnite sauta elle aussi pour les attraper, mais ils s'étaient déjà suffisamment éloignés. Odd comprit le plan de son amie juste à temps : il attrapa la paroi de ses griffes juste avant l'issue, et les deux Lyoko-guerriers purent prendre appui sur le noyau un bref instant et se propulser vers l'ouverture, restée ouverte après le passage d'Aelita.

 

     Leur poursuivant sauta derrière eux, les pattes en bataille, juste à temps pour voir ses proies sauter sur les véhicules virtualisés en un éclair par Jérémie. Elles s'enfuirent chacune de son côté, et malgré tous les efforts de l'Arakgnite, celle-ci ne put résoudre son dilemme ni réussir un tir avant qu'Odd et Yumi ne disparaissent chacun derrière un « horizon » de Carthage.

 

     Se rendant compte qu'il ne parviendrait pas à les rattraper, le monstre décida de disparaître. Cette procédure, moins brutale qu'une destruction, permettrait à XANA de récupérer l'énergie de son serviteur. La puissance de calcul libérée lui servirait à renforcer la protection autour de l'objectif secondaire...

 

     De l'autre coté du territoire, Odd et Yumi rattrapaient Aelita devant ce qu'elle leur indiqua comme le tunnel du territoire Montagne.

 

     « Je vous l'ouvre, annonça Jérémie. Pas la peine de vous presser, les autres n'ont plus l'air d'avoir de problème. Mais XANA a trafiqué le monte-charge, donc vous n'aurez pas d'aide...

 

     - Tant pis, c'est quand même une bonne nouvelle !

 

     - Au fait, Yumi, intervint Odd. Je te rappelle que c'est moi, le spécialiste des plans foireux, pourquoi tu me voles la vedette ? »

 

     Sans l'écouter, les deux filles s'engouffrèrent par l'issue de la voûte céleste. Les trois Lyoko-guerriers débouchèrent bientôt sur le territoire montagneux, et sur les indications de Jérémie, se dirigèrent             au sud-ouest.

 

     Bientôt, ils furent en vue de la tour au halo rouge. Elle était sur une petite plate-forme, et la passerelle permettant d'y accéder était au bout d'un enchevêtrement de parois rocheuses...

 

     « Le labyrinthe !

 

     - Aïe ! Ca me rappelle de mauvais souvenirs, grimaça Odd. »

 

     - Pas le temps de faire du tourisme, il faut... Frelions ! cria Jérémie. »

 

     Les héros n'eurent pas le temps de réagir : un groupe de trois Frelions, cachés derrière la brume en haute altitude, était déjà sur eux. Les insectes virtuels ne s'occupèrent des héros que pour tirer des rafales de rayons sur leurs véhicules. Rapidement touchés, les engins commencèrent à disparaître et leurs conducteurs oublièrent toute idée de riposte pour tenter de sauter au-dessus de la route.

 

     Aelita, toujours ailée, en détruisit deux, mais le dernier ne s'occupa pas d'elle et préféra s'enfuir en direction du labyrinthe. La jeune fille virtuelle se lança à sa poursuite, mais elle faillit être détruite avec le monstre quand ils furent tous deux arrosés par une rafale de lasers : deux Tarentules étaient positionnées juste devant la tour et tenaient le rôle de D.C.A.

 

     « Descends, Aelita, lui cria Jérémie ! Tu ne pourras pas les détruire toute seule ! »

 

     Son amie préféra suivre ce conseil et alla rejoindre ses amis devant le labyrinthe.

 

     « Odd, plus que 50 points de vie. Yumi, 90. C'était une sacrée chute...

 

     - Ouais, ça tu peux le dire, Einstein ! Tu pourrais pas prévenir ?

 

     - Non. Hopper ne s'est pas foulé pour les écrans, il avait d'autres priorités. D'ailleurs, je pourrai pas vous aider dans le labyrinthe, la résolution n'est tout simplement pas assez bonne...

 

     - Oh, génial. Et Aelita peut pas y aller en volant, tout simplement ?

 

     - Qu'est-ce que tu préfères : vous occuper ensemble des Tarentules et de la presque dizaine d'autres monstres du labyrinthe, ou bien qu'Aelita fasse une mission-suicide ? Qui va lentement...

 

     - ...va pas loin ! termina son ami. Mais si on n'a pas le choix...

 

     - Krabes et Kankrelats au menu. Faites attention à vous... Je vais essayer de vous obtenir du renfort. »

 

     Les trois Lyoko-guerriers entrèrent dans le labyrinthe avec circonspection, s'attendant à trouver un adversaire à chaque recoin. Odd, de temps en temps, sautait presque en haut du mur pour s'assurer qu'ils avançaient vers la tour.

 

     Soudain, ils tombèrent sur un Krabe ! Le crustacé virtuel les attendait au détour d'un virage et tira sur Odd qui marchait en tête.

 

     « Ah ! »

 

     L'homme-chat eut juste le temps de s'abriter derrière l'angle pour éviter le tir. Puis, alors que ses amies s'arrêtaient brusquement derrière lui, il sauta au milieu du chemin et visa... le vide. Le monstre était déjà parti.

 

     Alors qu'Odd, décontenancé, hésitait à repartir, un autre tir atteignit Aelita par-derrière !

 

     Ils se retournèrent tous, seulement pour voir une patte rouge disparaître derrière l'angle de la paroi de gauche...

 

     « Jérémie, ils nous harcèlent ! Tu peux pas faire quelque chose ?

 

     - Non ! Je ne crois pas que l'Overbike vous aiderait. Tout ce que je peux faire, c'est vous dire vers où les monstres convergent. Mais pour l'instant, ils ont juste l'air de se promener, et je ne peux pas les surveiller individuellement !

     Faites attention à Aelita, elle a perdu 40 points de vie !

 

     - C'est bon de se sentir aidé... » grommela Odd en armant son bras-lanceur.

 

     Ils continuèrent encore plus prudemment, essayant de surveiller partout à la fois. Odd n'osait plus s'éloigner de son amie aux cheveux roses, et c'était Jérémie qui s'occupait de temps en temps de corriger leur trajectoire.

 

     Quand ils arrivèrent au centre du labyrinthe, ils trouvèrent un Kankrelat qui les attendait, bien en vue. Odd le détruisit d'une flèche-laser bien ajustée, mais Jérémie lui cria :

 

     « Attention ! Maintenant, XANA sait où vous êtes ! Il envoie tous ses monstres vers vous ! »

 

     Ses amis coururent aussitôt vers le passage de l'autre coté du petit cirque rocheux, mais des Krabes surgirent de deux chemins sur les cotés. Tous parèrent les tirs des monstres, et Yumi resta derrière, barrant le chemin pour permettre à ses compagnons de s'échapper.

 

     Odd et Aelita coururent dans la direction générale de la tour, mais trois autres Kankrelats leur barrèrent le chemin, obligeant la jeune fille à s'engouffrer dans un chemin transversal tandis qu'Odd sautait partout, empêchant les cafards virtuels de le viser grâce à ses cabrioles.

 

     « Aelita, attention ! »

 

     Grâce à l'avertissement de Jérémie et à l'ombre qui avait brusquement obscurci le ciel, la Lyoko-guerrière eut le temps de se jeter sur le coté avant qu'un puissant tir ne s'abatte là où elle se trouvait l'instant précédent : un Krabe avait escaladé le labyrinthe, et, courant sur les murs avec ses quatre fines pattes, s'était positionné au-dessus d'elle pour tirer son laser ventral !

 

     Un champ de force bien appliqué détruisit le monstre, dont les débris s'éparpillèrent avant de disparaître. Odd surgit alors :

 

     « Cafards virtuels expédiés ! Einstein, où en est Yumi ?

 

     - Elle s'est faite avoir ! Le quatrième Krabe l'a dévirtualisée par-derrière. Au moins, vous n'aurez plus qu'à vous occuper de celui-là, elle s'est déchaînée !

 

     - Alors, c'est tout ce qui reste à exterminer ?

 

     - Oui, enfin, il y a aussi les Tarentules et un dernier Kankrelat, je crois... Courez, vous êtes presque à la tour, et... Oh, oh...

 

     - Quoi ?

 

     - Des problèmes sur Terre. Des gros ! Désolé, mais faut que j'y aille, débrouillez-vous !

 

     - Mais... C'est par où la sortie ? Eh, oh, y'a-t-il un Einstein dans l'avion ? J'y crois pas, il nous a vraiment laissés tomber !

 

     - J'espère qu'Ulrich et William vont bien, » soupira Aelita.

 

 

 

     Cinq minutes plus tôt à peine, les deux rivaux allaient on ne peut mieux. Après avoir séparé les deux Tarentules qui les poursuivaient en fermant une porte entre elles, ils avaient pris à partie celle qui s'était jetée dans leur piège à coups de barres de fer. Le monstre avait cédé sous leurs assauts alors que l'autre réussissait à brûler la barrière.

 

     Une nouvelle course-poursuite s'était engagée, beaucoup plus brève : les jeunes gens avaient eu le temps de préparer le terrain, et Ulrich s'était engouffré dans la salle de contrôle, poursuivi par la créature. Le monstre commençait juste à se tortiller pour passer par l'ouverture que William faisait tomber sur lui une lourde armoire métallique.

 

     Le choc avait fait perdre au monstre l'intégrité physitruc de son corps gazo-machin, comme aurait dit Jérémie. Les deux sabreurs auraient bien voulu s'occuper en prime de celle qui les attendait au bout du corridor, mais leur ami le leur avait déconseillé : pas de temps à perdre, direction le monte-charge puis les scanners.

 

     Ainsi donc, pendant que leurs amis affrontaient l'Arakgnite sur Lyoko, Ulrich et William se dirigeaient vers l'ascenseur, ayant presque oublié leurs peines de cœur respectives. Ce n'était quand même pas tous les jours qu'on flanquait une telle raclée à des monstres translatés...

 

     Ils furent beaucoup moins joyeux quand ils se rendirent compte que le monte-charge refusait de venir vers eux.

 

     « Euh... Einstein, nous avons un problème, téléphona Ulrich. L'ascenseur est tombé en panne.

 

     - Attends, je vais voir ; mais ils sont un peu occupés, sur Lyoko. Je suis à vous dès que j'ai envoyé les bécanes. »

 

     Jérémie se pencha rapidement sur le problème. Quand il eut compris ce qu'il s'était passé, il eut légèrement la nausée en pensant au travail de nettoyage qui l'attendait.

 

     « Allo, les gars ? Cherchez plus, ce monte-charge ne bougera pas de la journée.

 

     - Pourquoi, qu'est-ce qui se passe ?

 

     - Un « easter egg » : des fonctions que XANA a caché dans des programmes du supercalculateur, prêts à être activés. En l'occurrence, il a bidouillé quelque chose dans le programme de gestion alternatif du monte-charge et de la porte du labo, celui qui les commande depuis mon poste. Je suis enfermé dedans, et vous n'avez pas moyen de me rejoindre.

 

     - Quoi !? Mais comment il a fait ça ?

 

     - Ça a du se passer quand on a rallumé le supercalculateur. Les programmes de défense principaux sont toujours activés en tout premier, et pendant ce temps, ce genre de fonctions auxiliaires n'est pas protégé. XANA y  laissé ses lignes de code prêtes à l'emploi. Il a toujours deux coups d'avance...

     Quand, tout à l'heure, j'ai activé le poste de contrôle du labo, j'ai rendu accessibles les programmes de gestion de l'usine, et XANA a pu activer ses easter eggs. C'était le bon moment...

 

     - Et c'est grave ?

 

     - Oui, car il a bien choisi le timing. Même s'il n'a pas pu nous coincer tous en haut, vous n'allez pas pouvoir nous rejoindre. La bonne nouvelle, c'est qu'ils viennent de finir, dans le 5ème territoire. La tour sera bientôt désactivée, attendez un peu... »

 

     Jérémie finit par les convaincre de prendre patience pendant que la tour était désactivée. La dernière Tarentule n'avait toujours pas bougé, il était inutile d'aller la provoquer... Mais, une ou deux minutes plus tard, il les rappela en urgence.

 

     « Les gars ? Changement de plan ! Vous croyez que vous pouvez libérer le corridor ?

 

     - Oui, avec plaisir, même, pourquoi ?

 

     - Il y a eu un os sur Lyoko, et on aurait bien besoin de vous pour accélérer les choses. XANA ne doit plus avoir beaucoup de puissance disponible... Mais Mr.X ne va pas se contenter de superviser les monstres, je suis sûr qu'il prépare un sale truc ! Tant que cette Tarentule est sur Terre, elle représente un danger. Et si les autres ne peuvent pas désactiver la tour, not'programme préféré pourra continuer à lancer des attaques.

     Vous arriverez à nous rejoindre ?

 

     - Compte sur nous ! Ça va nous mettre en appétit, avant le déjeuner... »

 

     Pendant que ses amis remontaient le corridor, Jérémie gardait un œil sur la Tarentule qui gardait le laboratoire, et l'autre sur le labyrinthe virtuel. Yumi se fit dévirtualiser alors qu'elle avait fait un sans-faute, détruisant ses deux adversaires avec brio. Il retint un juron.

 

     Le « radar », comme il avait surnommé le programme qui lui montrait une image simplifiée de l'environnement virtuel de ses amis, fonctionnait décidément mal dans un décor aussi chaotique. Il ne voyait qu'une superposition de lignes, et avait été incapable de dire à quelle distance de son amie se trouvait le Krabe qui lui était arrivé dans le dos.

 

     Néanmoins, il était vrai que cette mauvaise définition s'aggravait encore dans certaines zones, alors que la modélisation du 5ème territoire était particulièrement claire. Jérémie soupçonnait Franz Hopper de s'être laissé aller à s'amuser, et d'avoir délibérément installé un brouilleur autour du labyrinthe... Il n'avait pas pu prévoir que sa survie serait un jour en jeu...

 

     Le blondinet ne perdit pas de temps à appeler Yumi, qui s'escrimait sur le bouton de l'ascenseur. Ses amis restés sur Lyoko avaient d'autres problèmes, et il s'efforça de leur donner les indications les plus claires possibles.

 

     Soudain, il remarqua une anomalie du coin de l'oeil. L'écran périphérique qui affichait les flux de données transitant dans les tours venait brusquement de s'emballer. Sur la fenêtre de la caméra du corridor, la Tarentule se figea : alors qu'elle tournait la tête pour surveiller une autre issue, son regard se fixa sur un mur parfaitement vide...

 

     Pressentant une catastrophe, Jérémie abandonna sa conversation avec Odd et se concentra sur l'analyse du nouvel afflux de données qu'échangeait le monstre translaté avec le réseau.

 

     Décidément, il se faisait beaucoup prendre par surprise, ces temps-ci... Il lui fallut 20 secondes pour comprendre ce qu'il voyait. Il contacta aussitôt Ulrich. Par les caméras, il voyait que la Tarentule s'était remise à bouger. Bizarrement, elle faisait quelques pas hésitants, déployant ses longues pattes avec maladresse... A ce moment, Ulrich décrocha, dans le dernier couloir juste avant la salle où leur adversaire les attendait.

 

     « Ulrich, tirez-vous ! Vous ne devez pas vous approcher de la Tarentule !

 

     - Pourquoi, qu'est-ce qui se passe ?

 

     - La tour activée échange des données miroirs bilatéralement, avec un codage périodique analogique ! »

 

     Ulrich faillit lui raccrocher au nez. Il parvint à se contenir à temps pour que son ami s'explique :

 

     « XANA a connecté sa tour activée avec un autre flux de données, probablement d'une autre tour !

 

     - Quoi, il en a activé deux ?

 

     - Ben, je suppose qu'il a créé un Replika avec le supercalculateur de Mr.X, et qu'une tour là-bas est activée en permanence. Je croyais que notre ennemi mystère aidait XANA juste informatiquement, mais apparemment, il intervient directement aussi. Le flux de données que je vois utilise les mêmes algorithmes qui permettent à notre machine de simuler une conscience humaine, tu comprends ?

 

     - Non ! Ca veut dire quoi, que Mr.X a été virtualisé ?

 

     - Ca veut dire que sa conscience est projetée dans le Réseau sous forme de données ! C'est une xanatification à l'envers : au lieu d'implanter une conscience numérique dans son cerveau, le spectre crée un lien avec le supercalculateur de Mr.X en numérisant sa propre conscience.

     En clair, maintenant que sa conscience numérisée a été liée à la tour, le cerveau de Mr.X est relié directement avec le corps virtuel translaté de la Tarentule... AH ! »

 

     Son ami leva les yeux, pour voir ce que Jérémie avait remarqué trop tard : le monstre, sous son nouveau contrôle, avait apparemment décidé de passer à l'offensive. Il se tenait sous leurs yeux.

 

     Le pesilat éteignit son portable et leva sa barre de fer à hauteur des yeux. Ils avaient à combattre un adversaire devenu plus vicieux, plus imprévisible...

 

 

 

     Les Lyoko-guerriers n'avaient plus qu'à faire un pas et à regarder sur leur gauche pour apercevoir la tour infectée. La raison pour laquelle ils n'avançaient pas était que leur première tentative avait bien failli être leur dernière : les Tarentules veillaient...

 

     « Bon, on va pas y passer toute la journée ! s'écria joyeusement Odd. J'ai hâte de voir la tête d'Ulrich quand je lui apprendrai qu'encore une fois je n'ai eu besoin de personne pour libérer le passage !

 

     - Tu es sur que tu vas t'en tirer ? Il ne te reste que la moitié de tes points de vie...

 

     - Relax ! On va faire comme a dit Jérémie : tu restes en sécurité, et je m'occupe des bébêtes. Chacun son truc, toi c'est les tours, non ? »

 

     Sans attendre de réponse, l'homme-chat rebondit entre les parois comme un ninja pour arriver au sommet. Il eut le temps de décocher deux flèches-laser avant de se faire repérer et canarder. Dégringolant en bas, il se présenta à la sortie du labyrinthe, esquivant les tirs avec force pirouettes et cabrioles.

 

     Mais si les Tarentules n'arrivaient pas à le toucher, la distance et leurs tirs l'empêchaient aussi de viser juste... Odd n'était pas plus avancé quand il roula en sécurité derrière l'autre paroi, en vis-à-vis d'Aelita.

 

     Un tir l'atteignit à partir d'un chemin transversal : le Krabe rescapé avait répondu à l'appel de ses congénères arachnoïdes, et se jeta sur le Lyoko-guerrier.

 

     Se rendant compte qu'il n'avait plus droit à l'erreur, Odd décida de s'occuper de l'urgence la plus immédiate. Bloquant un nouveau tir avec son bouclier, il roula sous le Krabe. Le crustacé virtuel ne pouvait pas manœuvrer facilement dans un espace aussi exigu, et l'homme-chat n'eut aucun mal à sauter sur sa tête plate.

 

     Alors que le Lyoko-guerrier atterrissait de nouveau à coté de la sortie avec la satisfaction du devoir accompli, le dernier Kankrelat surgit de derrière la roche qui le dissimulait. Atteint dans le dos, Odd retourna sur Terre. Le monstre se tourna alors vers Aelita...

 

 

 

     Sur Terre, Mr.X arrivait à contenir les assauts furieux des deux jeunes hommes. Ses mouvements étaient loin d'être aussi fluides et efficaces que ceux du propriétaire légitime du corps qu'il occupait, mais il anticipait beaucoup plus facilement ceux de ses adversaires. Il était surtout manifestement rompu aux techniques du corps à corps. Les lourds canons du monstre de XANA étaient pour lui d'utiles massues.

 

     Ulrich essaya une énième fois de contourner son adversaire, mais la Tarentule possédée roula sur elle-même et lui tira dessus à bout portant. Le laser arracha un morceau du mur : un seul coup pouvait être mortel, s'il touchait au mauvais endroit...

 

     William fit alors un signe à son rival. Le pesilat comprit son intention.

 

     De fait, Mr.X semblait ne plus se soucier de gagner du temps. La destruction de Franz Hopper était d'ores et déjà un fiasco, le seul but que leurs ennemis pouvaient encore poursuivre était la réduction du nombre des Lyoko-guerriers. Si William tenait suffisamment longtemps, Ulrich pourrait certainement aider le groupe sur Lyoko à désactiver la tour plus rapidement...

 

     Et même si William ne tenait pas suffisamment longtemps, se permettait-il presque de penser, ce n'était peut-être pas non plus tout à fait négatif...

 

     Le timing était idéal, Ulrich était entre le monstre et le laboratoire. Tandis que son rival poursuivait l'assaut, obligeant la Tarentule à détourner son attention sur lui, le pesilat se mit à courir vers le labo.

 

     Mais Mr.X le surveillait du coin de l'œil... Comprenant la manœuvre, il mit un bras à terre pour s'équilibrer et étendit la jambe vers l'arrière. Ayant visé pendant une seconde, il fit feu avec précision, touchant Ulrich dans le dos.

 

     Le pesilat s'écroula avec un gémissement. Une grande brûlure fumante s'étendait dans son dos, visible à travers un trou aux bords roussis dans ses vêtements...

 

     A cet instant, William aurait pu enfoncer sa barre de fer dans le front du monstre, mais ce qui venait de se dérouler le figea. Devant ses écrans, Jérémie poussa un gémissement. Un cri strident s'éleva dans le corridor, en même temps que le rauque grognement de satisfaction de leur ennemi...

 

 

 

     Un champ de force bien appliqué fit sauter de ses pattes la tête biscornue du cafard virtuel. Pestant contre les coéquipiers machos et les opérateurs surmenés, Aelita prit les choses en main. Les Tarentules purent saisir quelques notes étranges avant de se rendre compte que le sol sous leurs corps massifs disparaissait.

 

     Les araignées virtuelles à peine englouties dans la mer numérique, la jeune fille aux cheveux roses bondit au-dessus du gouffre qu'elle avait créé pour entrer dans la tour...

 

 

 

     Ulrich émergea brusquement de l'inconscience.

 

     La douleur était insoutenable, il avait l'impression que tout son dos était en feu.

 

     Il remarqua des bruits de bataille, derrière lui. William... Il fallait qu'il aille sur Lyoko, sinon tout ça aurait été complètement inutile... Il sentit que quelqu'un le portait à moitié. Il réussit à ouvrir les yeux et aperçut une chevelure noire. Yumi ?

 

     La jeune japonaise le traîna en sécurité, hors du couloir où William se battait avec l'énergie du désespoir.

 

     « Hé, Yumi...

 

     - Parle pas... Essaye juste de plus t'évanouir. Ca sera bientôt terminé, Odd va emmener Aelita à la tour... »

 

     La voix du pesilat était faible. Assommé par la douleur, il décida de dire ce qu'il avait sur le cœur, ce qu'il n'aurait jamais osé faire dans son état normal.

 

     « Tu te rappelles comment c'était, il y a deux ans ?

 

     - Tu trouves que c'est bien le moment ?

 

     - Allez, réponds... C'était chouette, non ?

 

     - Ouais... Quand on se disputait pas...

 

     - C'était jamais très grave... Et on est peut-être un peu plus mûrs, maintenant, non ? T'as jamais eu envie de retenter le coup ? Toi et moi, ensemble... »

 

 

 

     Aelita s'élevait dans la tour, droit vers l'interface. Devant ses écrans, Jérémie gémit entre ses dents, tout en préparant le retour vers le passé :

 

     « Allez, plus vite... »

 

 

 

     William se baissa pour éviter un dangereux revers de son ennemi, mais le second bras de la Tarentule le cueillit et le plaqua au mur, lui arrachant un gémissement. Gardant le jeune homme en suspension, le monstre leva son autre bras et en chargea le canon. Avec une lenteur légèrement sadique, il mit le puissant laser à hauteur de la tête du lycéen et se prépara à tirer...

 

 

 

     Le code LYOKO s'afficha pour Aelita sur l'interface. Les données en suspension furent aussitôt envoyées vers Carthage pour être reformatées, confirmant que l'attaque de XANA avait échoué cette fois encore.

 

     Sur son écran, Jérémie put voir la Tarentule translatée disparaître en fumée et William s'affaisser sur le sol. Il appuya aussitôt sur une dernière touche.

 

     « Retour vers le passé ! »

 

 

 

     Ulrich, Odd et Aelita encadraient Jérémie. En tenue de sport comme ses amis, le blondinet était allongé sur le lit de l'infirmerie. Odd secoua la tête avec condescendance en prenant la parole.

 

     « Franchement, Einstein, t'as fait fort, là ! S'évanouir au milieu d'un 100 mètres, j'ai bien cru que Jim allait mourir de rire. Il devrait pas se mettre dans des états pareils, à son age...

 

     - La ferme, Odd. J'ai pas dormi de la nuit et je me suis passé de petit déjeuner... Si vous saviez combien de dizaines de milliers de lignes de code j'ai dû me farcir, avant d'être sur qu'il ne restait aucun easter egg...

 

     - Tu aurais pu me laisser t'aider. » Aelita n'avait pas l'air contente. « Tu m'avais dit que tu t'en occuperais demain ! Tu vas finir encore plus mal que mon père...

 

     - A propos, demanda Odd, comment il va, notre oeuf, dans sa Couveuse ?

 

     - Il va bien, annonça Aelita alors que Jérémie levait les yeux au ciel. On s'en est occupé ce matin, XANA ne pourra plus l'atteindre avec la Méduse. Nous avons décidé de garder disponibles les fonctions de dialogue, mais les filtres ont été renforcés. Plus de problèmes de ce coté-là !

 

     - Oui, jusqu'à ce que nos ennemis trouvent un autre moyen pour nous attaquer, intervint Jérémie. Nous sommes vulnérables, parce que XANA sait tout de nous et que nous ne savons rien de son allié. Il va falloir que je travaille dessus.

 

     - Quand tu auras pris une bonne nuit de sommeil. Et ce n'est pas négociable ! »

 

     Odd les laissa se chamailler entre eux. Il avait remarqué qu'Ulrich paraissait plongé dans ses pensées depuis le début de la journée, et avait décidé de le taquiner un peu...

 

     « Dis donc, Don Juan, elle est belle, la vie, pas vrai ?

 

     - Hein, sursauta son ami, euh, oui, très belle ! Eh, qu'est-ce que vous avez ? » Ses amis le regardaient d'un air moqueur.

 

     « Allez, raconte-nous tout. Ce matin, t'es allé attendre Yumi sur le chemin du lycée, pas vrai ?

 

     - Euh... Ben, oui.

 

     - Je l'savais ! Bravo, brother ! Et alors, qu'est-ce qui s'est passé ?

 

     - Euh... Oh, et puis zut ! Voilà, on sort ensemble !

 

     - Yahoo ! »

 

     Jérémie et Aelita félicitèrent plus discrètement leur ami, ce qui ne l'empêcha pas de piquer un fard terrible...

 

 

 

     Dans le bâtiment des sciences, William décida de briser la glace alors que la classe vidait la salle de TP.

 

     « Yumi ?

 

     - Euh, oui ?

 

     - Est-ce que t'as l'intention de te remettre un jour avec Ulrich ?

 

     - Ben... C'est déjà fait, tu vois...

 

     - Qu... quoi ? Alors... ah... bon... Euh... »

 

     Remarquant que son amie rougissait, William tacha de lui débiter ce qu'il s'était entraîné à dire :

 

     « Ecoute... Je veux pas te mettre la pression, ok ? Je ne vais pas, genre... te harceler, ou quelque chose comme ça. Mais je vais pas abandonner non plus, alors si un jour tu changes d'avis... Et est-ce que, en attendant, on peut rester amis ? Juste amis ?

 

     - William, il n'y a que nous six qui le savons, mais tu es un héros. Tu es un des nôtres, maintenant, un Lyoko-guerrier. Alors bien sûr qu'on est amis, et plus que ça, même ! »

 

     Ils descendirent dans la cour, se dirigeant vers le self. William savait déjà que son contrôle de maths de l'après-midi serait une catastrophe, mais, pour diverses raisons, cela lui semblait avoir encore moins d'importance que d'habitude...

 
 

Commentaires
 
Note :
18
Commentaire de DerDoctor - Posté le 05-04-2016 à 22:19

Idem...

Note :
18
Commentaire de DerDoctor - Posté le 05-04-2016 à 22:19

Idem...

Note :
18
Commentaire de DerDoctor - Posté le 05-04-2016 à 22:19

Note pour équilibrer, au vu de la folie de la personne ayant noté auparavant... Mettre 4 fois la note, c'est "légèrement" (ah, doux euphémisme) abusé...

Note :
18
Commentaire de DerDoctor - Posté le 05-04-2016 à 22:18

Un excellent récit, bravo!

Note :
20
Commentaire de yuminita - Posté le 19-02-2012 à 19:09

Long mais magnifiquo

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