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Fanfictions
 
 
  Renouveau chapitre quatre : Virus !
Écrite par scaevola le 02/04/2010 à 17h48
Note : 17,5/20 Catégorie : Futur de la série
Lue 6009 fois Chapitre quatre. Un peu inspiré de l'épisode 40 contagion, OK... Mais j'aime bien ce principe.
 
 

 
 

     A sept heures ce matin-là, le réveil d'Ulrich sonna. Avec un grognement, le pesilat se réveilla, puis tâtonna un peu pour arrêter la sonnerie. Une nouvelle journée exaltante au collège Kadic commençait. Et la 2nde n'était pas vraiment plus intéressante que les années précédentes...

 

     Avec un soupir, Ulrich se leva et s'attela à son emploi du temps habituel. Tout d'abord, ouvrir les volets. Ensuite, réveiller Odd, première difficulté. Il s'approcha de son ami, recroquevillé sous sa couette comme une huître dans sa coquille, et le secoua.

 

     « Debout, là-dedans ! C'est le matin, y'aura des croissants au p'tit dej', et de la queue devant les douches si tu te dépêches pas !

 

     - Encore un peu...

 

     - Nan ! Debout, ou je te renverse ton matelas ! »

 

     Comme Ulrich avait, une fois, effectivement mis ses menaces à exécution, Odd le prit au sérieux. Rassemblant tout son courage, il se glissa hors de son lit, attrapa son nécessaire de toilette et sortit, suivi par Ulrich. Le maigrichon était totalement dans le cirage, et percuta Pierre Dautin dans le couloir.

 

     « Hé, attention ! Oh, salut, Odd... Bon pied bon œil dès le matin, comme d'habitude...

 

     - BjouPiè, » marmonna Odd avant de poursuivre son chemin. Seule sa longue pratique du semi somnambulisme dans l'internat l'empêchait de se cogner aux murs...

 

     Le grand échalas, lui, était déjà habillé dans des couleurs sombres. Réveillé comme d'habitude dès six heures, il comptait arriver tôt au self pour ne pas avoir à faire la queue.

 

     « Salut, Pierre, s'exclama Ulrich. Bien dormi ?

 

     - ‘Pas assez rêvé, à part ça, c'est allé. Et toi ?

 

     - Ouais, surtout grâce à mes boules Quiès. Odd ronfle comme c'est pas possible...

 

     - J'aime bien voir sa tête, le matin... Suffit d'une nuit, et sa coiffure funk devient un peu punk, c'est hyper marrant !

 

     - Mais vivre avec lui est une vraie galère ! Il ronfle, il pue des pieds, il range jamais ses affaires, et son chien débile ronge tout ce qui traîne...

 

     - En parlant de Kiwi, je me disais qu'il était vachement discret, pour que Jim ne l'ait jamais repéré...

 

     - Et il est encore plus discret ces temps-ci, ricana Ulrich. Je t'ai pas raconté la dernière : il s'est mis à hiberner !

 

     - Tu veux rire !?

 

     - Non, c'est sérieux : il se réveille plus qu'à l'heure des repas !

 

     - Ah... Mais c'est pas ce que font tous les chiens, par hasard ?

 

     - Ben, c'est vrai que moi je vois pas beaucoup de différence, mais ça inquiète beaucoup Odd ! »

 

     Pierre laissa son ami devant les douches pour aller petit-déjeuner.

 

 

 

     Trois quarts d'heure plus tard, ils se retrouvèrent tous les trois avec William, Aelita et Jérémie devant le distributeur de boissons. Pierre mit une pièce dans la machine, appuya sur la touche « café » et reçut un gobelet plein. Tandis qu'Odd commandait à son tour un chocolat, son ami se rendit compte qu'il était en train de boire du thé, tellement fort qu'il n'avait pas fait la différence avec le café à la couleur.

 

     « Ah, pouah, quelle horreur !

 

     - Ben... Hé, il arrive ce chocolat ? Mais... C'est pas vrai, cette grosse conserve a gardé ma pièce ! »

 

     Avec un bel ensemble, les deux accros aux jeux vidéo lancèrent un coup de pied au distributeur. Le bouton de commande de l'eau chaude tomba par terre. L'engin fit un drôle de bruit, puis toutes les diodes s'éteignirent.

 

     « Aïe... Jérémie, gémit Pierre, tu peux me rappeler ce que c'est la punition pour casser le matériel du bahut ?

 

     - Remboursement des réparations à vos frais quand elles sont possibles... Et rachat si le matos est vraiment foutu. Avec c'te machine, je ne serais pas optimiste, si j'étais toi...

 

     - Euh... Machine, quelle machine ? Jamais entendu parler ! Tu as fini ? demanda-t-il en remarquant que le génie refermait l'ordinateur portable sur lequel il avait travaillé.

 

     - Pour l'instant, oui...

 

     - Alors, est-ce que tu peux me prêter ta bécane ? Je viens de me rappeler d'un truc que j'avais à faire, et je vais pas remonter dans ma chambre, ça va bientôt sonner...

 

     - Quoi, encore un jeu ? Je suis sûr que t'as encore surfé jusqu'à minuit, hier soir !

 

     - Mais non ! Enfin, oui, je suis resté debout jusqu'au quart, mais là, faut que j'aille surveiller un projet. S'il te plait, je vais juste faire un peu de maintenance... »

 

     En soupirant, Jérémie tendit son ordinateur à l'otaku.

 

     « Je comprends pas comment tu tiens toujours debout, à te coucher tout le temps à pas d'heure. Moi, une nuit sans sommeil, et j'me mets à dormir en classe...

 

     - Ben je vous l'ai dit, je suis un insomniaque naturel. J'ai besoin que de six heures par nuit. Pratique, quand on a autre chose à faire !

 

     - A propos, lui demanda Odd, où t'en es de Brawl Academy II ?

 

     - Terminé hier soir, justement ! »

 

     Leurs amis préférèrent ne pas faire de commentaires, à part William qui se joignit à la conversation...

 

     A ce moment-là, Yumi arriva et Ulrich se précipita à sa rencontre. Toute manifestation excessive dans la cour de l'établissement risquant de finir dans les Échos de Kadic, ils se contentèrent de s'embrasser rapidement avant de revenir vers leurs amis, se tenant l'un l'autre par la taille.

 

     Pierre leva le nez de l'ordinateur pour les observer. Même s'il lui avait sauté aux yeux, dès qu'il s'était mis à les fréquenter, qu'Ulrich et Yumi étaient plus que de simples copains, la vitesse à laquelle leur relation avait évolué le sidérait encore. Du jour au lendemain, ces blocs de glace s'étaient transformés en parfaits amoureux. Et quand il avait posé la question à Jérémie, ce dernier s'était contenté de marmonner quelque chose à propos de la « théorie du pont suspendu » avant de se fermer comme une huître.

 

     D'ailleurs, ses six amis constituaient un groupe très curieux... Difficile d'imaginer des caractères plus incompatibles que ceux d'Odd et d'Ulrich ou Jérémie... Pourtant, alors même que tous avaient accueilli l'otaku à bras ouverts, ce dernier n'arrivait pas à comprendre ce qui les soudait autant, et ne se sentait pas intégré à ce point.

 

     Peut-être s'agissait-il d'une question d'ancienneté... Après tout, ils se fréquentaient depuis plusieurs années, à peine moins pour William et Aelita...

 

     Pierre sentait quand même que quelque chose lui échappait, et le comportement bizarre de ses amis, ces temps-ci, n'arrangeait pas les choses. On lui cachait quelque chose, on complotait derrière son dos. Ça ne le dérangeait pas... A chacun ses secrets. Et il pouvait toujours essayer d'en apprendre un peu plus par lui-même...

 

     La sonnerie finit par retentir, et chacun se dirigea vers les salles de classe. Pierre, sous l'œil insistant de Jérémie, termina rapidement ce qu'il avait à faire. Il songeait qu'un jour ou l'autre, il devrait essayer d'associer ses amis à son projet... Jérémie serait probablement intéressé.

 

     En attendant, il ferma le navigateur internet. En citoyen éco-responsable, il mit l'ordinateur en veille avant de le rendre à Jérémie, qui ne s'en aperçut pas...

 

 

 

     Juste après le déjeuner, Hervé Pichon et Nicolas Poliakoff se mirent à traîner derrière le self. Les deux jeunes hommes ne s'entendaient pas vraiment... Mais depuis la cinquième, ils ne connaissaient qu'eux-mêmes et Sissi. Depuis que la peste les avait laissé tomber, ils continuaient donc à se fréquenter par habitude et nécessité.

 

     Ils étaient hors de vue de tout le monde, tâchant d'oublier que rien ne les avait retenus à table. Le grand vide qu'était leur vie sociale leur plombait l'existence.

 

     Ça ne risquait pas d'aller en s'arrangeant dans le proche futur.

 

     Tandis qu'un ordinateur se mettait à sonner l'alarme dans une chambre du premier étage vide de tout occupant, une silhouette de fumée émergea en grésillant légèrement d'une lampe accrochée à la paroi.

 

     Le Spectre s'approcha silencieusement des deux jeunes hommes et entra dans Nicolas par les oreilles.

 

     « Argh !

 

     - Hein, quoi, qu'est-ce qu'il y a ? »

 

     Nicolas s'était arrêté net et vacillait sur place, clignant des yeux. Soudain, il se tourna vers son camarade, une lueur étrange dans les yeux.

 

     « Il y a que j'ai besoin de toi pour un petit test. T'es partant ? »

 

     Avant que le boutonneux puisse répondre, un fin filet de fumée sortit de la bouche de son interlocuteur. Le ruban sombre pénétra dans sa propre bouche et s'infiltra dans son cerveau en passant par la moelle épinière. Hervé s'écroula au sol avec un bruit mat, complètement sonné.

 

     Au bout de quelques secondes, comme l'espérait son agresseur, le jeune homme se releva, une détermination nouvelle sur ses traits.

 

     « Qui es-tu ? demanda Nicolas.

 

     - Hervé Poliakoff. Je suis à votre service, maître.

 

     - Parfait, parfait. Connais-tu ta mission ?

 

     - Je crois. Atteindre le plus de personnes possibles. Neutraliser les cibles.

 

     - C'est tout à fait ça ! Et bien au travail, allons, allons, ça traîne, tout ça ! Une fois que ce sera fait, je vais avoir un monde à conquérir, moi ! Au turbin, et que ça saute ! »

 

     Ce qui possédait Nicolas regarda partir Hervé avec satisfaction. Jusqu'ici, c'était un succès. Bien évidemment, ce serait plus compliqué avec ces sales morveux, mais ils avaient pris soin de remédier à ce problème...

 

 

 

     Les Lyoko-guerriers et Pierre sortirent du self quelques minutes plus tard. Jérémie lui-même avait participé au chahut, sur le conseil d'Aelita. Comme elle l'avait prédit, faire baisser un peu la pression de temps en temps l'aidait à se concentrer, dans l'ensemble. Bref, leur table avait été la plus bruyante du bâtiment, au point que Jim avait failli les jeter dehors.

 

     Alors qu'ils traversaient la cour, Sissi sortit du bâtiment administratif. Le pas décidé, elle s'avança vers eux.

 

     Ulrich sentait que le moment d'une petite explication était venu. A la fin de l'année précédente, quand ils l'avaient virée dûment et fermement de leur groupe, le pesilat avait affirmé à la fille du proviseur que lui et Yumi étaient « juste copains. » Depuis que les deux tourtereaux avaient affiché une relation plus intime, Sissi les évitait délibérément, allant jusqu'à manger bien après tout le monde. Si elle s'était décidée à leur parler, il fallait s'attendre à un éclat...

 

     « Je m'en occupe. » affirma Ulrich à ses amis.

 

     Pressant le pas, il se porta à la rencontre de Sissi.

 

     « Bon, tu voulais me parler, c'est ça ? » demanda-t-il à la jeune fille.

 

     Sans écouter un mot de ce qu'il disait, elle s'agrippa à lui et l'embrassa à pleine bouche !

 

     « Hé ! » fut tout ce qu'Odd parvint à articuler.

 

     Yumi fut plus réactive. Alors que ses amis restaient aussi statiques qu'Ulrich, manifestement tous estomaqués, elle se porta à la hauteur du couple. Délaissant encore plus de conventions sociales que Sissi, elle arracha le crampon de son petit ami d'un superbe Ushiro Geri qui envoya la peste rouler trois mètres plus loin !

 

     Malgré tout, elle ne se mit vraiment en rogne qu'après s'être aperçue qu'Ulrich était tombé dans les pommes.

 

     « Hé, oh, debout là-dedans ! hurla-t-elle en se penchant sur lui et en lui donnant une baffe. Si cette pimbêche te fait autant d'effet, tu peux encore changer d'avis, tu sais ! »

 

     A ce moment, Ulrich ouvrit les yeux. Un instant, son regard se brouilla et Yumi crut distinguer un bien connu symbole dans son regard... Le pesilat plia les jambes, puis les déplia dans l'estomac de la japonaise, l'envoyant dans les bras de leurs amis !

 

     « Ouff !

 

     - Hé, c'est quoi ce plan foireux, Ulrich ! brailla Pierre.

 

     - Sissi t'a passé le virus de la crétinerie, ou quoi ! renchérit Odd. »

 

     Au cours de la scène, Nicolas était sorti de la bibliothèque, suivi d'une cohorte d'élèves surpris en train d'y traîner. Il avait vu toute la scène de loin.

 

     « Infecte-les, crétin ! mugit-t-il en accourant.

 

     - Bien, maître. » répondit Ulrich.

 

     C'est en entendant ça que Pierre commença à se sentir complètement largué : l'ordre naturel des choses, la loi de la jungle, semblait s'être inversé.

 

     « C'est pas normal... » murmura-t-il.

 

     A ce moment, Nicolas, encore à une centaine de mètres, envoya des arcs électriques que tout le groupe fut forcé d'éviter en sautant de coté. La décharge frappa le réfectoire derrière eux. Alors qu'il roulait par terre avec ses amis, moins Ulrich, Pierre eut le temps d'affirmer avec conviction :

 

     « C'est pas normal, ça non plus ! »

 

     Les Lyoko-guerriers, à l'inverse, n'avaient besoin que de cela pour comprendre qu'il y avait du XANA là-dessous.

 

     Ils étaient coincés entre le réfectoire, avec Sissi et Ulrich gardant ce coté, et le parc et Nicolas de l'autre. Ils préféraient tous ne pas avoir à affronter leur ami, même s'il n'était manifestement pas dans son état normal. Dédaignant le passage de la chaufferie, ils décidèrent de passer par le parc !

 

     Alors qu'ils couraient vers l'ancien laquais de Sissi, Jim surgit du réfectoire. Quelque chose avait cassé des carreaux du self, et la bande à Jérémie s'éloignait en courant...

 

     « Revenez ici, petits... Argghh !! »

 

     Le groupe des Lyoko-guerriers prit à peine le temps de regarder par-dessus leurs épaules. Ulrich et Sissi s'étaient retournés vers le surveillant et les élèves qui l'avaient suivi hors du self. De curieux rubans de fumée noire sortaient de leurs bouches et fusaient vers les kadiciens qui s'écroulaient aussitôt touchés... avant de se relever, l'air hostile.

 

     A ce moment, ils atteignirent Nicolas qui n'avait pas pris le temps de recréer des éclairs. William dégagea le xanatifié par un tackle digne des meilleurs joueurs de rugby. Alors que les héros se frayaient un chemin à grands coups d'épaules parmi le groupe d'élèves qui le suivaient, tous purent voir que Nicolas semblait se brouiller en plein vol, puis grésiller alors qu'il retombait : comme l'image d'une télé mal réglée.

 

     Pierre avait suivi ses amis sans réfléchir, car eux au moins semblaient avoir une mince idée de ce qui se passait. Il avait tout vu, et n'avait rien compris.

 

     « C'est pas normal, tout ça !!! hurla-t-il derechef. Qu'est-ce qui se passe, à la fin !?! »

 

     Personne ne prit la peine de lui répondre. Il continua à suivre en silence, furibond.

 

 

 

     Nicolas, quand il se releva, fut furieux de constater qu'aucun de ses serviteurs ne s'était lancé à la poursuite de leurs adversaires spontanément.

 

     « Toi, cria-t-il en direction d'Ulrich, tu sais où ils vont. Conduis-nous dès que les autres esclaves nous auront rejoints ! »

 

     Le pesilat se contenta de hocher la tête. Tout le staff du bâtiment administratif accourait vers eux, conduit par Hervé. Des groupes d'élèves les rejoignaient depuis le réfectoire, les dortoirs, le gymnase...

 

 

 

     Les six atteignirent le passage du parc rapidement. Odd souleva aussitôt la plaque tandis que Yumi se tournait vers un Jérémie essoufflé.

 

     « Jérémie, pourquoi Ulrich a été xanatifié ? Tu avais dit que c'était impossible !

 

     - Ben oui, c'est théoriquement impossible, avec le nombre de plongées qu'Ulrich a effectuées. Mais XANA a dû trouver un moyen de contourner le problème... Il avait aussi réussi à xanatifier William parce qu'il ne gardait aucun souvenir de ce qu'il a fait sur Lyoko, tu te rappelles ?

 

     - Mais je m'en fiche ! Qu'est-ce qu'on va faire ?

 

     - Désactiver la tour, quoi d'autre ? Et le plus vite sera le mieux : il faut que je trouve une parade. »

 

     Les deux descendirent et attrapèrent leurs moyens de transport. C'est alors seulement qu'ils parurent se rendre compte que Pierre les avait suivi et s'était juché sur la planche d'Ulrich.

 

     « Hé, protesta Jérémie, tu peux pas venir avec nous !

 

     - Ah ouais ? Et pourquoi pas ? Vous voulez encore me faire des cachotteries ?

 

     - Euh, ça ne te regarde pas ! Il faut que tu retournes au lycée !

 

     - J'espère que tu rigoles ! C'est Nicolas qui donne les ordres, là-bas. Je préfère encore que vous me cassiez la figure, plutôt que de subir ça.

 

     - Laisse tomber, Jérémie, intervint Aelita. On n'a plus de temps ! »

 

     Ils furent donc forcés de subir la compagnie silencieuse mais accusatrice de leur ami pendant tout le trajet. Alors qu'ils montaient l'échelle vers le pont, Jérémie essaya encore de dissuader cet observateur gênant de les suivre.

 

     « Écoute, on a assez de problèmes comme ça, tu peux nous faire confiance ? D'ici, tu peux aller en ville, et tu n'auras plus d'ennuis... »

 

     Ils émergèrent sur la passerelle. Pierre répondit :

 

     « Nan, pas question. C'est quoi ce délire ? Ulrich passe du côté obscur et Nicolas lance des éclairs !

     Je savais bien que vous me cachiez quelque chose, mais à ce point-là ! Et après, tu voudrais que je vous fasse confiance, sans me poser de questions ! Ben non, pas possible, désolé.

 

     - OK, alors je t'explique : l'autre camp cherche la domination mondiale. Comme tu l'as vu, ils sont plutôt forts, catégorie lavage de cerveau. Si on n'a rien dit, c'est qu'on a fait des bêtises. Ce bazar est de notre faute, et donc on essaie de le résoudre par nous-mêmes. »

 

     Ils s'enfoncèrent dans l'usine, Pierre écoutant Jérémie parler.

 

     « Ils connaissent cet endroit, et s'ils y arrivent, on va avoir des problèmes. Il y a un moyen pour nous sortir tous de cette situation, mais on a besoin de temps. Est-ce que tu peux les retenir ? »

 

     Tout le groupe s'arrêta, surpris.

 

     Pierre regarda autour de lui et avisa de longues barre de fer sur le sol - ils avaient préparé quelques précautions depuis la dernière attaque...

 

     « Donc, dit-il en s'emparant d'une de ces armes, tout ce que j'ai à faire, c'est attendre ici que quelqu'un à l'air méchant se pointe, et l'assommer. OK, je peux faire ça. Mais vous me promettez de tout m'expliquer plus tard ?

 

     - Juré, l'assura Jérémie. Allez, les gars, on y va. »

 

     Ses amis le suivirent, dubitatifs. Pierre les regarda atterrir dans la salle immense, puis entrer dans le vieil ascenseur. Il se dit qu'il ne les laisserait certainement pas oublier cette promesse. Maintenant, il connaissait au moins une bonne partie de leur secret...

 

     Une fois le monte-charge refermé, Jérémie eut à subir les critiques de ses amis.

 

     « T'es pas un peu tombé sur la tête, Jérémie ? l'attaqua Yumi. Tu veux le faire se battre contre une armée de xanatifiés ? Et en plus, il faudra tout lui raconter. Tu pouvais pas prendre cette décision tout seul !

 

     - Ça va, d'accord ? se défendit son ami. Au moins, on l'aura pas dans nos pattes. Ce type voit la vie comme un grand jeu vidéo. Si on l'avait amené, il nous aurait forcés à l'envoyer sur Lyoko ! Je lui ai donné autre chose à faire, un point, c'est tout. Et pour cette promesse, ça ne nous engage pas à grand-chose.

 

     - Quoi, tu comptes encore faire un retour dans le passé ?

 

     - Pourquoi pas ? D'accord, ça augmente la puissance du supercalculateur. Mais justement, les programmes principaux de XANA ne sont plus hébergés par le nôtre, mais par celui de Mr.X. Donc, ça augmentera moins la puissance de notre ennemi que la vitesse du processus de régénération de Hopper. C'est tout bénef' !

 

     - Mais alors, tu lui as menti ! se révolta William.

 

     - Mon pote, se réjouit Odd, ça t'a peut-être échappé, mais ça fait plus d'deux ans qu'on ment à la police, à nos parents, et à tout l'monde à Kadic ! Jérémie s'est fait passer pour le proviseur et ton père, il a créé toute une identité à Aelita... Bref, on n'est pas exactement des héros irréprochables... Bienvenue dans le gang, cher complice ! »

 

     William continuait encore de grommeler alors que lui et Odd disparaissaient dans les scanners.

 

     « Transfert William ! Transfert Odd !

     Scanner William ! Scanner Odd !

     Virtualisation ! »

 

     Les deux jeunes hommes atterrirent sur le territoire Banquise. William fut presque déçu : il aurait aimé explorer un nouveau territoire.

 

     « Transfert Yumi ! Transfert Aelita !

     Scanner Yumi ! Scanner Aelita !

     Virtualisation ! »

 

     Pendant que leurs amies étaient virtualisées, Odd et William purent admirer l'habileté retrouvée de Jérémie : la tour activée était déjà visible.

 

     « Bien visé, Einstein ! Parce que la dernière fois, c'était une vraie randonnée ! Quand est-ce que tu nous virtualises derrière les monstres ?

 

     - Question de précision des programmes de localisation quantiques... Je vais pas te faire un dessin... En route, y'a du pain sur la planche ! »

 

     De fait, les forces en présence étaient assez impressionnantes. La tour n'était accessible que par un coté : le seul qui ne soit pas protégé par de hautes falaises de glace. Sur le plateau la surplombant, trois Tarentules. En contrebas, deux Mégatanks et huit Bloks. Les vétérans entreprirent d'expliquer à William les capacités de ces ennemis inédits pour la nouvelle recrue.

 

     Le champ de bataille devant la tour, accessible par une passerelle de glace, était un vrai billard : une petite plaine gelée avec à peine quelques aspérités de loin en loin, une patinoire idéale.

 

     Alors qu'ils échafaudaient une stratégie sur leurs véhicules, encore hors de portée de leurs ennemis, Jérémie leur annonça que cinq Frelions attendaient plus loin, prêts à intervenir. Un approche aérienne s'annoncerait difficile...

 

 

 

     Pierre commençait à s'impatienter quand il vit la tête de Nicolas sortir de l'ouverture du pont. L'otaku donna aussitôt un grand coup de barre de fer dessus... et passa au travers de sa cible ! Le xanatifié attrapa l'arme improvisée et y injecta une puissante décharge électrique. Pierre fut soulevé de terre - « Arrgh ! » - et atterrit plusieurs mètres plus loin, sonné.

 

     L'embuscade avait été un fiasco total. Maudits soient les superpouvoirs !

 

     Le jeune homme parvint à se relever et à courir vers l'entrée de l'usine alors que la moitié de Kadic surgissait du conduit. Il fit volte-face après s'être saisi d'une nouvelle barre de fer, et se campa devant les câbles qui permettaient de descendre.

 

     Nicolas s'avançait tranquillement, Ulrich et Jim sur ses talons. D'autres membres du personnel de Kadic et des dizaines d'élèves les suivaient. Pierre poussa un gémissement. Son truc, c'était la stratégie et les probabilités. Il avait fait du paint-ball et du laserquest, à l'occasion. Mais c'était à peu près tout ce qu'il avait à son actif, comme expérience de combat...

 

     Pourquoi se trouvait-il en train d'agiter une espèce de lourd tisonnier vers une armée de décérébrés ? Resident Evil était beaucoup moins dangereux derrière un écran !

 

     « Occupez-vous de lui » lâcha Nicolas à ses laquais.

 

     Il ne s'arrêta pas quand Pierre essaya de lui porter un nouveau coup, et le traversa ! Son adversaire, qui n'arrivait pas à s'habituer à ces phénomènes, se retourna pour voir le rouquin faire un pas dans le vide, tomber, et se réceptionner souplement dix mètres plus bas dans la salle cathédrale.

 

     Jim poussa un grand cri, et Pierre n'eut que le temps de se retourner : le professeur fonçait vers lui. L'otaku eut une brève pensée pour se dire que Jim avait l'air d'un sanglier, avant de lui porter un féroce coup de barre de fer à la tempe.

 

     Le professeur de sport, assommé sur le coup, s'écrasa à terre comme une masse. Pierre fut surpris. Il avait déjà compris que Nicolas, pour une raison obscure, donnait les ordres. Mais il ne se doutait pas que seul ce dernier disposait de superpouvoirs... Ça voulait aussi dire que Jérémie et les autres devraient se débrouiller avec le boss de fin...

 

     « Reculez ! » ordonna Ulrich à ses comparses.

 

     Le xanatifié s'avança seul vers Pierre, tandis que le proviseur, Yolande et plusieurs élèves formaient un demi-cercle. L'otaku était armé et rendait presque une tête au pesilat, malgré la poussée de croissance de ce dernier. Il leva sa barre de fer, l'autre se mit en position de combat.

 

     Pierre donna un grand coup vers la tête de son adversaire. Ulrich, rapide comme l'éclair, dévia la botte du poignet et attrapa l'arme de l'autre main ; dans le même mouvement, il donna à l'otaku un violent coup de pied dans le ventre.

 

     Pierre, le souffle coupé, lâcha prise et tituba en arrière, jusqu'au bord du gouffre.

 

     Il put s'arrêter à temps et considérer son adversaire. Non seulement ce dernier était armé, maintenant, mais il se battait aussi efficacement que le Ulrich normal !

 

     Comprenant qu'une attaque surprise pendant que son agresseur s'apprêtait à l'achever était sa seule chance, Pierre bondit ! Alors qu'Ulrich, surpris, s'emmêlait les pinceaux, il put lui donner un grand coup de boule et lui casser le nez. Le pesilat fit une grimace. Refusant de céder à la douleur, il lança un grand coup de pied circulaire dans les côtes de Pierre.

 

     Le souffle coupé, l'otaku roula aux pieds du proviseur. Alors qu'il se sentait attrapé par les épaules, il entendit Ulrich ricaner :

 

     « Occupez-vous donc de son orientation, monsieur Delmas... »

 

 

 

     Quand XANA créait un groupe de monstres de la même classe, les sous-programmes qui contrôlaient chaque unité étaient dirigés et coordonnés par un sous-programme supérieur. Ce dernier rendait lui-même des comptes aux programmes de cognition supervisant la stratégie dans son ensemble.

 

     Le sous-programme chargé de diriger l'escadrille de Frelions dans le ciel numérique du territoire gelé ressentait l'équivalent informatique de la frustration. Sa programmation gardait les traces de ses versions antérieures. Il disposait donc d'une espèce d'instinct, une attitude par défaut, vestige d'un temps où XANA régnait en maître sur le monde virtuel. Le sous-programme brûlait de jeter ses unités dans la bataille, d'étaler sa puissance.

 

     Néanmoins, la hiérarchisation stricte des agents était un impératif de survie de XANA. Peu avant que son créateur n'éteigne le supercalculateur où il était né, il avait atteint une puissance palier : si le dialogue constant s'était maintenu entre toutes ses unités, de rang égal, la moitié de sa puissance de calcul aurait été consacrée au traitement de ces informations. D'où l'instauration d'un système à hiérarchisation pyramidale, le plus haut niveau étant occupé par un groupement des plus puissants programmes de cognition ayant jamais existés.

 

     Ainsi, le sous-programme dirigeant les cinq Frelions devait attendre le feu vert de l'échelon supérieur avant d'attaquer. En attendant, il était tenu d'observer la bataille par les yeux de ses semblables et de préparer une approche d'efficacité optimale.

 

     Celui qui dirigeait les Tarentules, sur le plateau au-dessus de la tour, mitraillait les ennemis avec efficacité, concentrant les tirs de ses unités sur une cible après l'autre. Les humains ne devaient jamais avoir un moment de répit.

 

     Les deux sous-programmes en charge de quatre Bloks chacun avaient subi les plus lourdes pertes : une unité pour l'un, deux pour l'autre. C'était prévisible, ils étaient surtout là en tant que chair à canon.

 

     Les Mégatanks, unités autonomes lourdes, ne rendaient des comptes qu'aux programmes stratèges. Leur puissance leur garantissait un statut supérieur à celui des autres monstres...

 

     Le rôle de ces poids lourds était purement défensif : ils devaient anéantir par des tirs croisés tout ennemi s'approchant de la tour. Les Bloks avaient comme objectif de détruire les encombrants véhicules : les Tarentules devraient alors concentrer leurs tirs sur une cible clouée au sol. Dans l'intervalle, les araignées virtuelles devaient empêcher l'ennemi de se mettre en formation par un feu nourri.

 

     Le rôle capital des Frelions consolait leur commandant de leur immobilité forcée : quand les stratèges jugeraient le moment opportun, ils devraient fondre sur l'ennemi en tenue rose, « Aelita », et saisir leur chance de l'abattre.

 

 

 

     Devant la tour, Odd recevait plus d'action qu'il n'aurait osé en demander. Tentant d'éviter les tirs qui partaient de tous les cotés, il fondit sur un autre Blok. Sa cible, pas idiote, lâcha sur lui une rangée de rayons enflammés. Le Lyoko-guerrier sauta, laissant sa planche continuer sur sa lancée au centre des cercles de feu. À l'apex d'un triple salto avant, il tira deux flèches-laser qui touchèrent la cible de XANA de l'ennemi.

 

     Le monstre explosa juste avant que l'Overboard ne le percute, et Odd put atterrir sain et sauf sur le véhicule.

 

     « Yahoo ! Et deux à un pour moi ! » lança-t-il à William.

 

     Son ami grogna, louvoyant sur l'Overbike pour éviter les tirs. Il avait tranché un monstre en deux, mais son épée, gelée peu après, avait doublé de volume... Et de poids ! Surtout, la glace bloquait la capacité de William à l'intégrer à sa Supersmoke... Sans un champ de force providentiel d'Aelita, un autre monstre l'aurait déjà renvoyé sur Terre.

 

     À ce moment, un laser qu'il n'avait pas pu parer toucha la moto virtuelle. Les commandes cessèrent aussitôt de répondre, et William ne put que se pencher sur la droite pour diriger sa bécane sur un cube monstrueux. Le Blok fut précipité dans la mer numérique avec la moto à moitié détruite.

 

     Pendant ce temps, Odd s'était précipité sur les Mégatanks. Évitant deux tirs semi-circulaires, il bondit, atterrit sur l'armature du monstre de gauche. Il pointa la cible de XANA et tira dessus à bout portant !

 

     Alors que l'ennemi roulait d'un côté et qu'Odd sautait de l'autre, le tir du deuxième Mégatank le projeta contre le mur gelé ! Le Lyoko-guerrier rebondit contre le mur avant de disparaître en particules virtuelles...

 

     William avait sauté juste avant le crash de son véhicule. Il fut aussitôt pris pour cible par les Tarentules. Alors qu'il parait les tirs tant bien que mal, il vit du coin de l'œil deux Bloks se tourner vers lui, voulant sans doute tirer parti de son immobilité. Alors qu'il pensait s'enfuir en Supersmoke, quitte à abandonner son épée derrière lui, l'un des Bloks se souleva de quelques centimètres au-dessus du sol, et fut projeté contre son acolyte !

 

     Yumi avait fait appel à son pouvoir de Télékinésie pour protéger son compagnon. Les deux monstres, incapables de freiner à temps sur le sol gelé, furent engloutis par les flots numériques. Aelita protégeait la japonaise du dernier Blok.

 

     À ce moment, les tirs répétés eurent raison de la glace autour de l'épée de William, qui s'évanouit en fumée. Aelita et lui fondirent sur le dernier cube virtuel. Yumi, elle, contourna le champ de glace par la droite, préparant un raid contre les Tarentules.

 

     Du coin de l'œil, la Lyoko-guerrière aperçut alors une silhouette qui se précipitait sur la passerelle de glace qui conduisait au champ de bataille.

 

     « Ulrich !? s'exclama-t-elle, complètement abasourdie.

 

     - Jérémie, qu'est-ce qu'il fait ici, demanda anxieusement Aelita. Tu as réussi à le guérir ? »

 

     Il n'y eut aucune réponse. Ce fut seulement à ce moment-là que tous se rendirent compte que leur opérateur n'avait plus rien dit depuis quelques temps...

 

 

 

     Plusieurs minutes auparavant, labo de l'usine.

 

     Jérémie, qui observait ses amis voler en direction de la tour, entendit un coup sourd venant de l'ascenseur. Il se tourna, inquiet, vers la porte blindée.

 

     Pendant dix secondes, il entendit distinctement du métal se faire arracher, tordre, torturer. Puis Nicolas passa sa tête pixellisée à travers la lourde porte. Lançant un sourire à Jérémie, il plongea la main dans le verrou électronique et se mit à le court-circuiter. Profitant de ce répit, le blondinet se mit à taper frénétiquement sur son clavier, activant une de ses propres ressources secrètes.

 

     Nicolas parvint à ses fins : la porte s'ouvrit, et Jérémie blêmit un peu en voyant que le xanatifié avait arraché la trappe et totalement démoli le rideau de fer. Ses séides n'auraient qu'à descendre par les échelons pour arriver au laboratoire...

 

     Jérémie avait encore besoin d'un peu de temps. Accordant un peu d'attention au rouquin, il lança :

 

     « Alors, XANA, comment vont les affaires ?

 

     - Je ne suis pas XANA, » répondit l'autre en s'avançant et en lançant autour de lui des regards curieux. « Dites donc, vous êtes plutôt bien installés...

 

     - Mais alors, vous êtes... Mr.X ? demanda Jérémie, étonné.

 

     - Tiens, c'est comme ça que vous m'avez surnommé ? Pourquoi pas, après tout...

 

     - Vous auriez dû venir en Tarentule, c'était beaucoup plus classe !

 

     - Quoi, les araignées virtuelles ? Oh oui, je me suis beaucoup amusé. À propos, pourquoi tenez-vous tant à nous mettre des bâtons dans les roues ? Si vous étiez restés en classe à faire des additions, nous n'aurions eu qu'à détruire ce centre le moment venu, et personne n'aurait eu de problème...

 

     - XANA va vous abattre dans le dos, espèce d'imbécile ! Vous ne l'avez pas encore compris ? Il a déjà essayé de conquérir le monde. Je doute que vous ayez pu lui donner envie de partager juste en l'aidant. Il a bien failli tuer son propre créateur, je vous signale...

 

     - C'est toi, je pense, qui ne comprends pas deux ou trois choses à propos de XANA, » soupira Mr.X en secouant la tête d'un air navré.

 

     Jérémie avait enfin fini ses manips' ; il ne lui restait plus qu'à attendre. Pourquoi ne pas profiter de cette occasion pour en apprendre plus sur l'ennemi, se dit-il... Il se cala confortablement au fond de son fauteuil. Heureusement, l'allié de XANA ne semblait pas pressé...

 

     « Allez-y, expliquez-moi. Qu'est-ce que je n'ai pas compris, s'il vous plaît ?

 

     - Tout d'abord, XANA n'a pas essayé de conquérir le monde. Du moins, pas comme tu l'entends. En tant qu'être conscient, sa première priorité est d'assurer sa survie. Il a besoin de cette planète pour vivre dessus ; mais quel besoin a-t-il d'humains dangereusement intelligents, qui lui ont déjà prouvé leur combativité ?

 

     - Quoi !! » Jérémie crut que ses yeux allaient s'échapper de ses orbites. « Vous voulez dire que les robots... L'armée que XANA a créée... Il ne voulait pas s'en servir pour asservir l'humanité, mais pour l'anéantir !?

 

     - Pas seulement. Détruire l'humanité par des attaques informatiques et physiques n'était que la première partie de son plan. Il comptait ensuite oblitérer toute la biosphère en se servant de nos infrastructures, au cas où...

     Après tout, quand on est autonome, il est tellement plus facile de survivre dans un monde où il ne reste plus que soi... XANA n'est sujet ni à la solitude, ni au remords, tu comprends. Il n'a pas été programmé pour développer une éthique, et n'en a jamais éprouvé le besoin. »

 

     Jérémie était de plus en plus horrifié.

 

     « Et vous lui rendez service, même en le sachant ?! Je pensais que vous étiez un inconscient, mais vous êtes un psychopathe !

 

     - Tu aurais tort de nous juger selon tes critères. Chacun a sa façon particulière de voir les choses...

     Si ça peut te rassurer, la deuxième chose que je tenais à t'apprendre est que XANA a renoncé à ce projet ! Je lui ai dévoilé tout un éventail de possibilités nouvelles. Il aura bientôt autre chose à faire que de s'occuper de nous... »

 

     À ce moment, Ulrich sauta dans l'ascenseur, suivi par Yolande et plusieurs élèves. Jérémie, qui se sentait déjà dépassé par la situation, fut encore plus déboussolé en voyant le sang sur le t-shirt de son ami.

 

     « Eh, pourquoi Ulrich est blessé ? Les Spectres ne sont pas censés assurer l'intégrité physique de leur enveloppe ? D'ailleurs, comment vous avez pu le contrôler, pour commencer ?

 

     - Ah, ça... Eh bien, je veux bien perdre un peu de temps à en parler, car je suis très fier de ma création ! C'est moi qui ai conçu ce protocole.

     XANA m'a programmé un Spectre, puisque vous l'appelez ainsi, aux capacités étendues. Sa fonction primaire est de me servir de récepteur pour ma conscience. En tirant son énergie du champ magnétique terrestre, il peut aussi créer de petites sous-unités, de nouveaux Spectres, tous identiques !

     Ces petites merveilles s'emparent d'un hôte humain et peuvent s'y reproduire de la même manière. On pourrait les considérer comme des virus informatiques matérialisés...

 

     - D'accord... C'est impressionnant, oui, mais quelle est la différence avec une xanatification ordinaire ? »

 

     Mr.X ne put retenir un bref rire devant le jargon que Jérémie utilisait depuis le début de leur rencontre.

 

     « Elle est fondamentale ! Un spectre lambda, comme celui que j'utilise, se sert du corps parasité comme simple base, utilisant le champ magnétique de ses particules. Il est tout à fait possible de modifier ses propriétés ; quant au cerveau, sauf en cas de besoin, il est complètement court-circuité. En l'absence de stimuli et à cause des interactions EM, il est figé.

     C'est justement ce qui empêche que vous soyez vous-même, euh xanatifiés, c'est bien ça ? Et tu sais pourquoi, pas vrai ?

 

     - Oui, acquiesça Jérémie. Après avoir fait des recherches, je me suis rendu compte que c'est grâce au processus de virtualisation puis matérialisation répété. Quand on se crée des souvenirs dans le supercalculateur, cette mémoire doit ensuite être matérialisée. A cause de la forme particulière de ces souvenirs et de la connection que le supercalculateur entretient avec nous, les Spectres ont du mal à figer notre mémoire. Plus ces souvenirs sont nombreux et marquants, mieux ça marche. Et après ?

 

     - Remarquable exposé. Or, ces sous-Spectres que j'ai imaginés n'affectent pas la mémoire. En fait, ils se contentent de court-circuiter certaines parties du cerveau, modifiant son schéma, sans provoquer de modifications macroscopiques susceptibles de provoquer un rejet. Même si, pour vous, il reste indispensable d'opérer un contact, le plus direct possible, entre votre cerveau et un qui soit déjà infecté. Le travail peut alors être effectué bien plus précisément.

     Comme tu as pu le constater, le résultat est impressionnant ! Et il a pourtant suffi de bidouiller un peu le cortex pré-frontal, l'hippocampe, ce genre de choses... On obtient des esclaves sans sens moral et dont la volonté est remplacée par les programmes de XANA. Et pourtant, ils conservent leurs aptitudes, leur mémoire et leur personnalité !

 

     - J'ai rencontré Pierre, en haut, intervint Ulrich. Il m'a un peu surpris, mais vous auriez mieux fait de pas le mêler à tout ça !

 

     - Alors là, c'est pas moi qui vais le plaindre, s'énerva Jérémie en pointant son ordinateur portable au sol. S'il avait pas mis mon ordi en veille, on aurait déjà désactivé cette fichue tour !"

 

 

 

     Pierre n'allait pas bien du tout. Le petit Spectre qui avait investi son cerveau envisageait sérieusement de le tuer.

 

     Il avait été prévu que ces petites unités puissent avoir du mal à assujettir certains cerveaux. La peur pouvait transformer la matière grise en un bouillonnement magnétique qui gênait beaucoup le virus, et les flots d'hormones qui y circulaient n'arrangeaient pas les choses. Dans ces cas-là, certaines procédures avaient été prévues par le programme multi-agents, qui consistaient à augmenter le stress subi par les méninges.

 

     Comme prévu, la majorité des victimes finissaient par accepter en eux le programme de pensée artificiel, de peur de perdre quelques neurones. Mais Pierre continuait sa révolte. Il avait vu les pantins qui l'avaient attaqué, et refusait de finir comme eux. Il comptait gagner la partie de bras de fer mental qui s'était engagée, quel qu'en soit le prix.

 

     Le virus était relativement rudimentaire, mais doté d'une conscience assez élaborée pour accomplir sa mission. Sa raison d'être était d'assujettir un humain pour lui faire servir XANA, et il ne lui appartenait pas de décider d'abandonner sa charge et de tuer celui qui lui résistait. Or, s'il continuait, la raison de son hôte risquait vraiment de s'écrouler. Lui-même n'était pas assez fort pour commander tout seul ce corps et servir les desseins de son créateur. Il devait exister une autre solution.

 

     Le Spectre abandonna donc la partie et établit une connexion avec XANA, par le biais du proche supercalculateur. La collectivité utilisa quelques ressources de la puissante machine pour renforcer son  agent et lui indiquer les points faibles de la conscience qui lui résistait.

 

     Pierre fut asservi comme les autres.

 

     Le programme multi-agents ne se rendit pas compte que, ce faisant, il avait activé certains programmes de l'appareil qu'avait construit Franz Hopper. Le supercalculateur avait analysé l'esprit du jeune homme...

 

 

 

     Avec un grand sourire, Mr.X abrégea la conversation entamée avec Jérémie. XANA venait de l'informer que la bataille était bien engagée sur Lyoko, et il était temps de tricher un peu. Le criminel chargea le blondinet, l'arracha de son siège d'une seule main, et le projeta contre le mur du labo. Avec une gerbe d'éclairs en prime, pour qu'il se tienne tranquille avant que ses acolytes le contaminent.

 

     Toujours guilleret, il tourna la tête de Nicolas vers l'écran, qui était complètement noir. Le sourire se transforma en rictus.

 

     Mr.X pressa deux boutons, tapota l'écran, vérifia qu'aucun câble n'était débranché, envoya un peu de tension dans les circuits.

 

     Il aurait tout aussi bien pu dessiner un smiley dessus. Rien ne marchait.

 

     Il sauta de son siège, arrêta d'un geste ses sbires qui se penchaient sur Jérémie, et attrapa ce dernier par le col. Le visage de Nicolas arborait une grimace de fureur, et des étincelles se concentraient dans ses yeux et ses cheveux - conséquence d'intenses émotions humaines qui affectaient l'intégrité du Spectre.

 

     « Qu'est-ce que tu as fabriqué ! hurla-t-il au jeune génie. Rallume-moi ça !

 

     - OK, je veux bien prendre un peu de temps pour en parler, parce que j'ai conçu ce protocole, et que j'en suis très très f... ARGH ! D'accord, d'accord, arrêtez le jus, je parle !

     En fait, c'est une procédure sur laquelle je travaillais l'année dernière, quand j'avais du temps libre. J'en avais marre de me faire piquer les commandes ! Alors j'ai imaginé un ensemble de fonctions pour verrouiller le supercalculateur. Quand y'a une tour activée, en utilisant ce programme, tout le matos est bloqué. J'ai pas prévu de mot de passe, ou quoi que ce soit.

     Le seul moyen d'annuler la procédure, c'est de désactiver la tour. Un retour dans le passé sera lancé automatiquement. Donc, maintenant, tout se joue sur Lyoko. Vous avez plus rien à faire ici.

 

     - Je crois que si. Je vais te tuer et aller détruire moi-même cette foutue machine. »

 

     Jérémie verdit légèrement.

 

     « Vous y arriverez pas, bredouilla-t-il. La procédure inclut une fonction pour verrouiller le supercalculateur lui-même. Cette bécane est en pleine charge ! Elle a besoin d'être refroidie au fréon et elle grillerait tout ce qui est électronique sans le bouclier spécial. Vous pouvez plus la ralentir de l'extérieur. Si vous traversez le bouclier, votre Spectre sera pulvérisé ! »

 

     Avec un feulement de rage, Mr.X laissa tomber sa proie. Il fit signe à ses serviteurs de s'occuper de lui. Yolande se pencha sur Jérémie qui marmonna :

 

      « Houla, je vais avoir des problèmes avec Aelita... »

 

     Mais bon, mieux valait Yolande qu'Hervé...

 

     Mr.X fit appel à toutes les capacités de XANA. Les programmes de son allié réfléchirent à la situation. Il était peu probable que leur ennemi ait menti. S'il l'avait fait, il s'empresserait bientôt de le leur dire...

 

     Le programme multi-agents confirma que la puissance du supercalculateur, à plein régime, était trop importante pour qu'ils puissent tenter une attaque directe. Dans le meilleur des cas, il faudrait attendre plusieurs minutes avant que le Spectre se reforme. La probabilité que Mr.X lui-même meure du contrecoup était intimidante. Très accessoirement, la survie de son hôte n'était pas envisageable.

 

     Ils avaient donc le choix entre deux manœuvres. D'un coté, tuer le meilleur informaticien dont disposaient leurs adversaires réduirait de beaucoup leurs capacités.

 

     Néanmoins, leur cible principale était la fille, Aelita. Non seulement elle pouvait elle aussi utiliser le supercalculateur, mais son père lui avait donné de très gênantes capacités. Tant qu'elle était sur Lyoko, cette bataille ne serait pas gagnée...

 

     Et il y avait la possibilité d'utiliser les capacités de cet énervant blondinet pour s'en débarrasser définitivement...

 

 

 

     Sur Lyoko, Yumi, Aelita et William furent donc stupéfaits de voir Ulrich leur foncer dessus en Supersprint. Leur ami remarqua que les deux Lyoko-guerrières étaient au-dessus du sol, hors de sa portée.

 

     William eut la présence d'esprit de se protéger de son zanbato juste quand Ulrich s'apprêtait à le dévirtualiser. Les lames s'entrechoquèrent et le pesilat, déçu d'avoir perdu l'effet de surprise avec si peu de résultat, glissa jusque devant la tour.

 

     « Là, c'est sûr, il est plus de notre coté, souffla William. »

 

     Laissant le dernier Blok à Aelita et Yumi, le Lyoko-guerrier se précipita sur son rival, sous les tirs des Tarentules. Mais, dès que le pesilat entra dans leur ligne de mire, les araignées virtuelles tournèrent leur feu vers les deux jeunes filles. XANA semblait ne pas vouloir faire dévirtualiser son nouveau serviteur...

 

     « Tu ressembles à un type que j'aime pas des masses, je suis content de pouvoir me défouler sur une imitation, fanfaronna William.

 

     - Là, tu te trompes, sourit son adversaire en parant facilement les coups de la grande lame. C'est bien moi, Ulrich. Content ?

 

     - Oh oui, j'attendais ça depuis longtemps. » William n'en croyait pas un mot.

 

     « Moi, j'ai une grosse impression de déjà-vu. Sauf qu'on a échangé de places ! »

 

     Ulrich évita aisément la fente de son adversaire et faillit le passer au fil de l'épée, ce qui donna un certain poids à ses affirmations. William avait de plus en plus l'impression de se trouver face au vrai Ulrich, ce qui l'inquiétait vraiment.

 

     Plus loin, le dernier Blok fut vaincu par un joli coup d'éventail. Il était temps : Aelita et Yumi en avaient assez de devoir éviter ses lasers en même temps que ceux des Tarentules. Un seul front suffisait.

 

     Â ce moment, les Frelions surgirent de sous la banquise et arrosèrent de rayons les Lyoko-guerrières. Chacune fut touchée une fois, et l'Overwing fut détruit.

 

     Les insectes virtuels revinrent faire un second passage. Yumi para tous leurs tirs, mais Aelita dut la jeter à terre pour lui éviter d'être dévirtualisée par les Tarentules. La jeune fille lança deux champs de force vers les monstres volants qui viraient déjà, dont un toucha sa cible.

 

     « Je m'occupe des Frelions, toi, des Tarentules, cria Aelita. »

 

     Elle activa de nouveau ses ailes et s'enfuit dans la direction opposée à la tour. Comme elle l'avait prévu, les créatures la suivirent sans accorder un regard à Yumi.

 

     William faiblissait sérieusement. Il était légèrement plus fort que son adversaire, mais Ulrich était plus rapide et adroit. Surtout, le pesilat déployait son expérience du combat virtuel et à mains nues.

 

     Malgré une résistance acharnée, William reçut une entaille au torse. La blessure n'était pas assez profonde pour le dévirtualiser directement, mais suffisamment pour le faire reculer. Ulrich sauta et le frappa en plein vol de ses deux pieds.

 

     Le Lyoko-guerrier fut projeté au sol où il glissa sur plusieurs mètres, lâchant son épée.

 

     « Un drop kick ? C'est du catch ! Je croyais que tu faisais du pentchak-silat, espèce de tricheur ! gémit-il.

 

     - Dans un combat, tous les moyens sont bons. Seule la victoire compte ! ricana Ulrich. »

 

     Le pesilat fondit sur son adversaire pour lui donner le coup de grâce, mais dût reculer. Un éventail avait failli le dévirtualiser.

 

     « Attaquer un adversaire à terre, je t'avais connu plus fair-play, Ulrich, gronda Yumi.

 

     - Bien, bien, en attendant Aelita, je peux toujours m'occuper de ton cas. Tu tiendras peut-être plus longtemps que le p'tit nouveau !

 

     - Je te laisse les Tarentules, indiqua la Lyoko-guerrière à William.

 

     - Ça marche. »

 

 

 

     À l'usine, dans la salle des scanners, l'atmosphère était électrique. Mr.X n'était toujours pas complètement calmé, et libérait de temps en temps des décharges d'électricité statique.

 

     « Alors, tu l'envoies, oui ou non ? aboya-t-il à l'intention de Jérémie.

 

     - Je fais tout mon possible. Mais rassembler la puissance de calcul est une vraie galère ! »

 

     Le jeune génie était penché sur son ordinateur portable, connecté à un scanner. Odd en était sorti juste quand ils descendaient les échelons, et ce dernier était désormais très conciliant. Dévoué au point de retenter tout de suite la plongée, malgré les dangers que cela comportait...

 

     Jérémie était parvenu à contourner les défenses qu'il avait lui-même érigées. Celui qu'il avait été avait laissé un scanner actif pour permettre à ses amis de rentrer à bon port en cas de dévirtualisation. L'énergie qui avait été accordée à cette procédure était maintenant dévolue à la virtualisation de ses nouveaux associés...

 

     Un intérêt supplémentaire de la manœuvre était que le seul scanner encore en état de marche était indisponible pour les matérialisations. Une dévirtualisation sur Lyoko équivaudrait à une mort réelle, car les données de la conscience des Lyoko-guerriers seraient perdues !

 

     Envoyer Ulrich sur Lyoko n'avait pas été simple. Maintenant qu'Odd était à sa place dans le scanner, le supercalculateur refusait catégoriquement de leur accorder la puissance nécessaire au transfert. Jérémie s'émerveillait de l'efficacité de ses propres lignes de code. Malheureusement, cela n'arrangeait pas les affaires de sa version infectée...

 

     Mr.X rongeait son frein. Il se sentait dangereusement impuissant. Non seulement celui qui avait conçu ces défenses informatiques était le mieux placé pour les démanteler, mais lui-même était peu doué en programmation... Il avait apporté à XANA son inventivité et son matériel, mais il devait se reposer, pour le reste, sur son allié. Même la reprogrammation du programme multi-agents s'était déroulée suivant les seules instructions de ce dernier.

 

     Il était donc forcé, dans la situation présente, de se fier aux capacités du lycéen surdoué, et il détestait cette idée. Au moins l'esclave envoyé sur Lyoko semblait-il se débrouiller.

 

 

 

     Yumi avait engagé avec son petit ami un féroce combat d'arts martiaux. Elle parait les katanas avec ses éventails repliés qu'elle maniait comme des poignards.

 

     William profita de leur passe d'armes pour se transformer en Supersmoke. La fumée blanche passa entre les jambes des adversaires, passa absorber le zanbato à terre, et fonça vers la falaise de glace, contournant la tour par la gauche. Le Megatank soupçonneux la suivit lentement « des yeux »...

 

     Quand toutes leurs cibles visibles se trouvaient près du guerrier qu'elles étaient censées épargner, les Tarentules avaient suspendu leurs tirs. Dès que William s'en fut éloigné, elles firent feu avec une agressivité redoublée.

 

     Le Lyoko-guerrier évita les rayons avec aisance et parvint au pied de la falaise. Toujours en Supersmoke, il la remonta verticalement. Au sommet, il se métamorphosa juste devant la Tarentule la plus à gauche, brandissant sa lame. Il atterrit en coupant presque le monstre en deux.

 

     Sans attendre que sa victime ait explosé, William se positionna de manière à ce que la Tarentule la plus éloignée ne puisse pas lui tirer dessus sans blesser sa congénère. Bloquant les tirs de cette dernière, il se porta à sa rencontre. L'araignée virtuelle fut débitée en rondelles.

 

     Le dernier monstre se trouvait un peu plus loin. William se retransforma en Supersmoke pour l'atteindre, fonçant au-dessus du vide.

 

     La Tarentule, à force de tirer, finit par atteindre la fumée blanche avec un laser, pour la première fois.

 

     Même Jérémie n'aurait pas pu le deviner, mais XANA avait depuis longtemps prévu dans la programmation de ses monstres une parade contre la Supersmoke. Le programme multi-agents n'avait jamais fait totalement confiance à un lieutenant qu'il n'avait pas entièrement programmé lui-même.

 

     William réapparut en plein ciel, complètement solide et incapable de se retransformer - jusqu'à sa prochaine virtualisation, ce qu'il n'avait aucun moyen de savoir.

 

     « Ça, c'était pas prévu ! » s'exclama-t-il avant de tomber comme une pierre.

 

     En désespoir de cause, il frappa la falaise de glace avec son épée, se projetant vers l'Overboard abandonné un peu plus loin. Comme il l'avait espéré, les systèmes antigrav amortirent suffisamment sa chute - « Ouf ! ». En revanche, l'impulsion activa les programmes d'accélération. Le Lyoko-guerrier faillit être éjecté tandis que la planche le portait au-dessus de la mer numérique - «  AAAHHH !! ».

 

     La surprise passée, William se rendit compte qu'il parvenait assez facilement à diriger le véhicule. Il avait déjà fait des sports de glisse, et Jérémie, pour avoir la paix, avait créé pour l'Overboard des procédures de pilotage très intuitives.

 

     William eut un large sourire. C'était autre chose que l'Overbike ! Aussi rapide, beaucoup plus maniable, et très très cool...

 

     Prenant un virage serré, il revint vers la plate-forme où la Tarentule l'attendait. Le monstre commença à tirer très tôt. Le Lyoko-guerrier n'eut aucun mal à éviter les lasers. Grâce au poids de son épée, il lui suffisait de manier cette dernière pour orienter son centre de gravité et virer brusquement.

 

     Plus loin, Aelita reparaissait après s'être débarrassée de ses poursuivants...

 

 

 

     Mr.X poussa un juron. D'après XANA, la bataille ne tournait pas à leur avantage, malgré le renfort qu'il avait envoyé.

 

     « Toi, hurla-t-il à Jérémie, est-ce que tu as bientôt fini ?

 

     - Ben, ça n'en prend pas le chemin... répondit honnêtement le génie.

 

     - Alors ouvre le scanner ! »

 

     Le blondinet fit tout ce qu'il put, mais le supercalculateur refusait même de leur accorder assez de tension pour ouvrir les portes. Excédé, Mr.X s'y attaqua à la main.

 

     « Suicide-toi ! » ordonna-t-il à Jérémie par-dessus son épaule.

 

     Alors que le métal du scanner commençait à grincer et à gémir, le jeune génie se mit à retenir sa respiration...

 

 

 

     Ulrich avait fait reculer Yumi presque jusqu'au bord de la plate-forme gelée. Alors qu'il s'apprêtait à la pousser encore, Aelita passa au-dessus d'eux, volant en direction de la tour. Le pesilat sembla indécis. Mr.X lui avait donné comme mission de protéger la tour et de dévirtualiser Aelita ; mais elle s'éloignait déjà, et il risquait d'être lui-même détruit par Yumi s'il se retournait...

 

     Sa petite amie décida pour lui en envoyant voler un de ses sabres d'un grand coup de pied. Ulrich poussa un grognement et saisit son katana restant à deux mains. Yumi lui avait parlé de la théorie du Kendo, et il avait pu la vérifier par lui-même à plusieurs reprises, avant que Jérémie ne lui programme une deuxième lame. Une seule épée utilisée à deux mains, maniée avec un mouvement de levier, avait plus de force que deux tenues avec une main chacune.

 

     Yumi eut du mal à amortir avec ses deux éventails le coup oblique qu'Ulrich lui porta, et glissa un bon mètre sur le sol gelé.

 

     Aelita fonçait en rase-mottes sur le Mégatank restant. Les tirs en ellipse du monstre étaient de moins en moins faciles à éviter alors qu'elle avançait... Elle lui envoya un champ de force.

 

     Le Mégatank se referma juste à temps, puis se rouvrit dès que la dernière étincelle rose se dissipa sur sa surface. Finalement, Aelita dût se déporter sur la droite pour éviter un coup particulièrement vicieux, mais une de ses ailes se prit dans une des rares irrégularités du sol et elle partit en vrille !

 

     La jeune fille aux cheveux roses parvint à se rétablir et à faire une longue glissade qui la porta entre la tour et le Mégatank qui se préparait à tirer. Elle blêmit, pensant devoir éviter un autre tir en urgence. Mais le monstre hésita.

 

     N'en croyant pas sa chance, Aelita sauta en arrière, dans la sûreté de la tour.

 

     Une fois là, elle comprit ce qui s'était passé. Mr.X avait probablement voulu diriger l'attaque sur Terre. Les Mégatanks devaient donc avoir reçu des ordres pour ne pas toucher la tour, quoi qu'il arrive, car les flux de données bilatéraux étaient extrêmement sensibles. Un seul tir des puissants monstres aurait sans doute pu brouiller temporairement la conscience de l'allié de XANA...Celui qui gardait la tour avait donc hésité à prendre le risque de désobéir à un ordre direct pour accomplir sa mission.

 

     Se détournant de la paroi, elle se précipita vers la plate-forme centrale.

 

     À l'extérieur de la tour, le Mégatank se referma avec un claquement sec. Il n'avait plus d'autre utilité que de débarrasser son maître d'un maximum de gêneurs...

 

 

 

     Alors que Jérémie commençait sérieusement à bleuir, l'ordre de Mr.X prévalant même sur son instinct de survie, le criminel parvint à ses fins. Le scanner fut ouvert comme une boîte de conserve. À l'intérieur, Odd attendait toujours d'être virtualisé.

 

     Mr.X attrapa le jeune homme par le cou et libéra de massives doses d'électricité. Le virus dans son cerveau résista quatre secondes avant d'être anéanti. Ses neurones n'allaient pas tarder à suivre...

 

 

 

     Faisant partir l'Overboard en tonneaux, William passa le barrage de tirs de la Tarentule et fit une entaille transversale à sa cible de XANA. Le Lyoko-guerrier regarda en contrebas pendant que sa victime explosait.

 

     Ulrich renversa Yumi sur le dos d'un coup de pied et leva son sabre pour l'éliminer. Il aperçut alors le Mégatank qui roulait dans leur direction et s'apprêtait à tirer sur eux.

 

     Par les modifications du virus de XANA, Ulrich ne voyait aucun inconvénient à mourir pour ses nouveaux maîtres. Mais il n'y était pas directement relié, et agissait toujours suivant l'ordre que lui avait donné Mr.X : « dévirtualise Aelita, et autant de ses alliés que tu peux. » La fierté du pesilat lui interdisait de laisser un monstre dont il avait détruit les semblables par dizaines accomplir sa mission à sa place. Le fait qu'il fut devenu son allié n'y changeait rien.

 

     Ulrich lança en tournoyant son sabre vers le monstre. La lame se planta dans la cible de XANA...

 

 

 

     Aelita entra le code Lyoko. Le retour vers le passé s'effectua automatiquement, au même instant.

 

 

 

     Le même jour, 6h55. Ulrich fut réveillé par son téléphone portable. En grognant, il attrapa l'engin en se demandant qui pouvait bien l'appeler avant même que son propre réveil ne sonne.

 

     Il se rappela alors soudainement ce qu'il avait fait le jour même.

 

     « Oh non, c'est pas vrai, gémit-il en décrochant.

 

     - Ulrich ? Salut, comment tu te sens ?

 

     - Comme un type qui a failli tuer ses amis. Je suis désolé.

 

     - T'inquiète... Odd et moi, on s'est fait avoir aussi. Mais je vais m'arranger pour qu'on ait plus rien à craindre de ce coté-là. Le supercalculateur est lié à nous, c'est pour ça qu'on se souvient de tout après un retour dans le passé ! En ajoutant un antivirus à ces programmes, je devrais pouvoir nous protéger contre la dernière idée de Mr.X... Dès que j'aurai trouvé, on passera tous dans les scanners.

 

     - Euh, d'accord...

 

     - D'ailleurs, notre ennemi a fait une erreur ! Je l'ai bien écouté, soit il est français, soit il a vécu très longtemps en France. Ça restreint les recherches. On se voit en cours...

 

     - Ouais, à plus... »

 

     Le pesilat soupira. Il allait devoir faire quelques excuses à Yumi...

 

     Au moins, Odd ne semblait pas avoir de séquelles, lui non plus. Il se montra aussi dur à réveiller que d'habitude !

 

     Quand ils sortirent, Pierre les attendait, adossé au mur.

 

     « Salut, Ulrich ! Bien dormi ?

 

     - Ouais... Et toi ?

 

     - Pas mal du tout, merci. Comment va ton nez ?

 

     - Aucun problème, tu vois b... »

 

     Il se tut, abasourdi. Plus loin dans le couloir, Odd se retourna, complètement réveillé.

 

     Pierre se redressa. Il avait l'air fatigué et préoccupé.

 

     « Ok... Laissez tomber les explications, d'accord ? Pour le moment, j'ai pas envie d'en savoir plus. J'ai envie d'y réfléchir un peu, vous pouvez me laisser un peu de temps avant d'en parler aux autres ? »

 

     Les deux Lyoko-guerriers acquiescèrent et observèrent leur ami s'éloigner.

 

     « On en parle pas à Jérémie, d'accord ? » proposa Ulrich.

 

     Odd opina. « J'ai l'impression qu'Einstein va devoir tenir sa promesse, finalement... »

 
 

Commentaires
 
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Commentaire de mar60X - Posté le 27-08-2014 à 18:00

Zut la note.

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Commentaire de mar60X - Posté le 27-08-2014 à 17:59

Je suis presque certain que Pierre va les rejoindre.(pow)

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Commentaire de yumi2b - Posté le 21-09-2012 à 21:04

Dommage on peut pas mettre l'infini sur l'infini

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Commentaire de lilasxana - Posté le 01-09-2010 à 16:42

Trop classe ont dirait que c'est un vrai écrivain qui écrit (spin) (spin) (spin) (spin) (spin) (spin) (spin) (spin) (spin) (spin) (spin) (spin) (spin) (spin) (spin) ;-) ;-) :-) :-) :-) :-) (love) (love) (love) (love) (love) (love) (love) (love) (love) (love) (love) (love) (multi) (multi) (multi) (multi) (multi)

Note :
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Commentaire de princesserusse - Posté le 02-06-2010 à 17:02

Magnifique! Je veux la suite! (J'aurai voulu que ce soit Pierre Mr.X mais bon...)

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